Ma parole!

Trop de sexe, partout, tout le temps

Le jour où Geneviève Pettersen a fait la paix (temporairement) avec son corps.

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Il y a deux ans, je suis allée en Inde. Ce n’était pas pour avoir une illumination ni même pour être dépaysée. On nous avait invités, mon mari et moi, dans le cadre d’une tournée de promotion de son livre. J’avais décidé de l’accompagner et d’écrire un article sur les femmes indiennes. C’était un peu naïf de ma part de penser que je pouvais me rendre au pays des mille contrastes sans que cela ait d’effet sur moi. Oui, dépaysée et illuminée je fus, mais pas pour les raisons évidentes, celles mentionnées dans les guides de voyage. Il y avait bien une circulation folle dans les rues, une pollution dense, des vaches, des singes, beaucoup d’épices, de temples hindous, de pratiques religieuses mystérieuses et parfois inquiétantes, mais il y avait surtout la paix. Pas la paix dans le monde, là. La paix dans mon corps.

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C’est qu’en me rendant en Inde, j’avais décidé – pour avoir un meilleur contact avec les femmes indiennes et leurs familles, mais aussi par respect pour nos hôtes – de m’habiller à l’indienne. J’allais m’habiller «décemment» pour que mon linge ne constitue pas un obstacle ou une offense à qui que ce soit. Partout, je voyais des touristes habillées comme d’habitude, en petites camisoles et en mini shorts. Elles avaient bien le droit, vous allez me dire. Et vous avez raison. Moi, j’avais décidé de me fondre dans la masse, même si une telle chose a été plus qu’impossible à cause de ma peau transparente et de mes cheveux couleur de feu. Les Indiens me regardaient quand même parce que j’étais une Occidentale, mais le regard en était davantage un de curiosité que de concupiscence.

Photo: iStock

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Je vous parle de ça parce que j’ai réalisé une chose importante durant mon périple indien. J’ai compris que ma façon de m’habiller, de mettre mon corps en valeur, de me mettre en scène comme femme désirable et donc désirée était pesante. J’étais vraiment écoeurée de présenter au monde mon corps en premier. Tannée que mes vêtements et ma silhouette affectent la façon dont on me perçoit. J’ai compris que cela exerçait une très grande pression sur moi et que derrière mon rapport aux vêtements se cachaient de grandes insécurités. En dessous de mes pantalons sarouels et de mon chandail ample, je ne pensais plus à la forme de mon corps et je ne me demandais plus si j’étais désirable. Je ne me demandais plus, quand je m’assoyais, si j’avais un pli de bedaine ou si l’élastique de mon soutien-gorge paraissait. Je ne me préoccupais plus trop de ce que je mangeais non plus. J’ingérais ce que je voulais (mille pains naans !) sans avoir peur que mon ventre se gonfle et qu’il paraisse sous ma robe soleil. C’était tellement relaxant. J’avais réellement l’impression de prendre une pause de toute cette culture de la séduction dans laquelle je baigne depuis ma naissance.

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Je ne dis pas qu’il faut se cacher. Je ne dis pas non aux vêtements sexys et à toutes ces façons qu’ont les femmes de se sublimer en Occident. Je dis juste que j’ai pris conscience de toute la pression que ce style de vie exerçait sur moi. Depuis ce temps-là, j’essaie de me rappeler que je ne suis pas qu’un corps et je porte beaucoup de vêtements mous, comme en souvenir.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)