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Culture

Les meilleurs romans à lire à l'été 2025

Évadez-vous avec les nouveaux livres qui ont séduit notre chroniqueuse – dont La mères des larves, de Maude Jarry, et L'embouchure, de Myriam de Gaspé – ou replongez dans l'oeuvre très riche de la regrettée Denise Boucher.
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Les meilleurs romans à lire à l'été 2025

La mère des larves, de Maude Jarry

À la mi-trentaine, Sarah se fait laisser par son copain qui la suppliait d’avoir un enfant avec lui. Durablement déprimée, elle n’arrive plus à gérer le quotidien et souffre de douleurs abdominales atroces qui la mènent souvent à l’urgence. Dans les couloirs de l’hôpital, on chuchote qu’elle n’a rien, mais Sarah sait que cette douleur, toujours plus intense, ne se résume pas à des crampes menstruelles. En sortant un vieux sac de compost, elle sent une armée de larves blanches monter lentement le long de sa jambe. Une odeur forte lui fait perdre connaissance; elle se réveille à l’hôpital. On lui a découvert une masse bizarre dans l’abdomen. Sa mère la prend en charge et l’emmène dans un étrange centre de repos. Un curieux rituel auquel elle doit participer lui fait comprendre que rien ne s’améliorera dans ce lieu mystérieux.

Avec beaucoup d’humour et d’habileté, Maude Jarry s’attaque au grand sujet du parcours laborieux des femmes dans un système de santé marqué par le paternalisme. Ce roman, tragi-comédie d’horreur, fait sourire mais aussi réfléchir et parfois frissonner à la lecture de ses descriptions de lieux et d’ambiances. Dans une langue vivante et contemporaine, la romancière explore les façons dont les femmes se soutiennent mutuellement, mais aussi la facilité avec laquelle elles se laissent parfois manipuler. Un ton à mi-chemin entre ceux des séries télé STAT et Inspirez expirez.

Publié chez Ta Mère, 376 pages.

Les meilleurs romans à lire à l'été 2025

L’embouchure, de Myriam de Gaspé

Entre poésie et récit, ce petit bijou d’écriture est le premier livre, fort réussi, de Myriam de Gaspé. La narratrice, Myriam, rêve toutes les nuits de vagues, du Saint-Laurent qui se déchaîne jusqu’à en sortir de son lit. L’eau, ici métaphore du désir, menace avec ses torrents et perturbe l’ordre établi. Myriam ne sait plus qui elle est et, surtout, qui elle doit être. Avec sa psychanalyste, elle suivra le cours de ce fleuve jusqu’à son embouchure pour comprendre ce qui l’obsède.

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L’objet de son désir, c’est Mira, qui vit dans la chambre de sa coloc, le temps d’un séjour à Montréal. L’observation de ses moindres gestes perturbe le quotidien de Myriam. Qui est cette femme qui s’incruste dans son appartement et se permet d’ébranler les fondements de son orientation sexuelle ? D’où viennent les torrents qui rendent Myriam si vulnérable ? On entre de plain-pied dans sa réflexion : comment accepter ce désir si présent tout en le contenant et en affrontant les jugements ? Au gré de phrases ciselées, on partage avec Myriam l’assourdissant fracas des vagues et les moments d’insécurité qu’il provoque. La romancière propose un texte abouti, une réflexion poétique sur le désir, son origine et son aboutissement. Avec ce roman ambitieux empreint de douceur et d’une grande émotion naît une autrice qui promet.

Publié chez Les Herbes rouges, 178 pages.


Les meilleurs romans à lire à l'été 2025

Les meilleurs romans à lire à l'été 2025

Le poids d’un piano, de Jennifer Tremblay

Jennifer doit remettre son prochain roman à son éditeur impatient, mais elle n’arrive plus à se poser pour écrire. Elle décide de repartir sur les traces d’un voyage qui lui a permis d’amorcer sa transition de vie. À travers des lieux qu’elle avait déjà visités et de nouvelles rencontres, elle amorce sa réconciliation avec l’écriture.

Jennifer Tremblay s’amuse avec les codes de la littérature, mêlant carnet de voyage et soliloques. Elle éblouit par son style intime et désarçonne par la candeur de son regard sur la vie. Au beau milieu du récit, la narratrice abandonne le je et devient observatrice. Comme si l’autrice se refusait à écrire à la première personne et rejetait le je du passé, cette femme qu’elle n’est plus.

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Jennifer, femme caméléon, bourlingue entre Paris, Londres et Cuba, cite Duras, Huston et Kundera. Elle rencontre des hommes ; certains sont chauffeurs de taxi, d’autres, des passants. Mais c’est avec ses fils, qui tour à tour l’appellent et viennent la visiter, qu’elle passera les moments les plus déterminants. Elle ne se laissera pas tenter et se consacrera à sa quête, celle d’une femme cherchant à raviver la flamme d’une passion perdue.

Jennifer Tremblay offre ici un texte très personnel qui explore les tourments que l’on peut ressentir lorsqu’on se sent perdue. Sa plume délicate et sensible fait la part belle à ses réflexions littéraires.

Publié chez XYZ, 184 pages.

Les meilleurs romans à lire à l'été 2025

Du ventre des montagnes, de Fanie Demeule

Dans le village d’Ursa, il existe une étagère des trépassés où trônent les crânes et les ossements des ancêtres. Une légende raconte qu’un jour, une grande tempête soulèvera la neige, l’emportant jusqu’à la lune et faisant renaître le soleil, en même temps que tous les trépassés.

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Dans la famille de Nan Sappo, on fait de la verrerie de mère en fille. Mais Nan préfère fabriquer des skis. Sa plus récente paire, soigneusement confectionnée, elle l’offre à sa sœur Aino qui, l’essayant immédiatement, perd la vie dans un terrible accident. Terrifiée par ce drame survenu sous ses yeux, Nan doit conjurer le sort. En portant le crâne d’Aino au sommet de la montagne, elle pourra faire renaître sa sœur avec la neige et le soleil.

Dans une langue surprenante, Fanie Demeule explore avec beaucoup de talent les quêtes nomades des contes celtiques et japonais. Son sixième roman emprunte la voie du fantastique et flirte avec l’horreur; dans des scènes où l’immonde côtoie la tendresse, ses mots créent des images percutantes. Au fil de sa
quête, Nan fera la rencontre de personnages plus grands que nature qui tenteront de la retenir prisonnière, mais elle saura exploiter ces contacts pour arriver à ses fins, sans jamais dévier de son objectif. Une lecture fascinante, où l’on doit accueillir la déferlante des mots en sautant à pieds joints dans l’univers du réalisme magique.

Publié chez Québec Amérique, 360 pages.

Les meilleurs romans à lire à l'été 2025

Relire Denise Boucher

L’écrivaine, poète, parolière et dramaturge féministe, décédée en mars à l’âge de 89 ans, laisse derrière elle une œuvre revendicatrice à l’esprit frondeur. D’abord enseignante, puis journaliste, Denise Boucher ne se révèle comme écrivaine que vers le début de la quarantaine. La poète Madeleine Gagnon l’invite à
écrire à quatre mains le recueil Retailles (1977, L’Hexagone, épuisé), décrit par ses autrices comme une complainte politique. Denise Boucher y poursuit ses réflexions sur un thème qui parcourra l’ensemble de son œuvre, les mythes entourant le féminin.

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En 1978, l’autrice publie la désormais célèbre pièce Les fées ont soif, qui cause un scandale lors de sa création au TNM. Sur scène, trois femmes se répondent. Marie, la mère épuisée par les tâches quotidiennes, est aux prises avec un homme violent. Madeleine, la prostituée, tente de dissimuler ses chaînes derrière sa beauté et sa liberté. Et La statue, figure vaporeuse et rêvée, représentation d’un idéal. Tour à tour, elles nous racontent l’émoi qui les gagne, les faisant passer de sorcières à fées. Relire Les fées ont soif, c’est réaliser que les tourments intérieurs n’ont pas d’âge.

Au milieu des années 1980, Denise Boucher sera la parolière de Pauline Julien, Dan Bigras, Louise Forestier et Chloé Sainte-Marie, ainsi que de Gerry Boulet, pour qui elle signera Un beau grand bateau.

À 75 ans, elle publie son seul roman, Au milieu, la fin (2011, Leméac). Dans des lettres adressées à son amie, la narratrice raconte avec beaucoup de dérision et d’humour toutes les misères de sa vieillesse. Dans un style amusant, elle s’indigne, plaisante et parle avec aplomb d’un sujet encore tabou, l’infantilisation et l’invisibilisation des personnes âgées.

Dans Boîte d’images (2016, L’Hexagone), elle se raconte tout en douceur. À travers des extraits d’anciens poèmes et de nouveaux textes, elle retrouve ses amis Gaston Miron, Gérald Godin et Anne Hébert. Un excellent point de départ pour découvrir la plume sensible de cette importante autrice.

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