Ronde, et alors?

Attentats de Paris: bleu, blanc, rouge, noir

«Je veux rendre hommage à toutes les victimes, à Paris comme aux quatre coins de la planète, en étant forte et en disant non à la peur, écrit Joanie Pietracupa. Même si c'est plus facile à dire qu'à faire.»

Joanie-bandeau

On est lundi. Ça fait au moins trente minutes que je fixe l’écran de mon ordinateur sans avoir la force de taper une seule lettre. Il y a des tonnes d’idées qui se bousculent dans ma tête, mais aucune qui m’inspire un mot, une phrase, un paragraphe, un billet de blogue. Je n’ai pas envie de vous faire réagir face à des sujets taille plus ou d’exprimer mon opinion sur l’ouverture à la diversité corporelle, aujourd’hui. J’ai plutôt envie de serrer le monde entier dans mes bras, de lui chuchoter que tout va bien aller à l’oreille et de partager ma pensée sur l’ouverture à la diversité humaine.

Vendredi soir, quand les attentats terroristes ont éclaté à Paris, j’étais assise sur le sofa d’une grande amie, scotchée devant la télé. Incapable de changer de poste, de respirer, encore moins de détourner le regard. Le cœur qui se brisait au fur et à mesure que les images défilaient, mes yeux qui se mouillaient tandis que le décompte des morts et des blessés augmentait. Pas mal la même réaction que j’ai face à toute tragédie humaine, qu’elle ait lieu en France, en Turquie, en Libye, au Cameroun ou en Syrie. Pas mal la même peur qui se met à couler dans mes veines, aussi; celle qui glace mon sang, celle qui m’empêche de dormir, de penser et d’agir correctement. Celle-là même dont les assaillants rêvent si fort.

Je l’avoue, plus la soirée avançait, plus je me décomposais. J’avais le cœur gros, si gros, pour les victimes, ces jeunes innocents heureux et impuissants, qui ne se doutaient de rien et qui ne méritaient pas un tel destin. J’avais de la peine pour leurs proches, tous ces pères, mères et amis qui faisaient sonner des cellulaires qui restaient muets, et qui lançaient des avis de recherche sur Facebook et Twitter en vain. J’éprouvais une tristesse infinie à l’égard de la communauté musulmane qui allait être pointée du doigt et fusillée du regard, accusée de centaines de meurtres et de milliards de blessures physiques et psychologiques avec lesquelles elle n’avait rien à voir, sauf peut-être une religion commune avec les attaquants, et encore…

People attend a rally of solidarity outside the Consulate of France, in Montreal, on Sunday, Nov. 15, 2015, to show their support to the victims of the Paris attacks. THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes

Une foule se recueillait devant le Consulat de France, dimanche dernier, à Montréal. Photo: Graham Hughe, La Presse canadienne

Après avoir passé le week-end entier à trembler, comme paralysée par des pensées noires tout droit sorties d’un roman apocalyptique, je me suis levée lundi matin avec le cœur presque plein d’amour et d’espoir. L’émission spéciale de Tout le monde en parle présentée la veille au soir m’avait fait du bien, faut croire. Je m’étais immédiatement sentie moins triste, moins effrayée et moins seule. J’avais soudainement l’impression d’entendre 7,35 milliards de cœurs battre au même rythme que le mien et de partager ma peine et mon effroi avec eux tous. Ma générosité et mon humanité, aussi. «Liberté, égalité, fraternité»; c’est la devise de la République française. Et c’est avec ces mots qui se répétaient en boucle dans ma tête que je me suis réveillée.

Peut-être que d’autres actes du genre se reproduiront, ici ou ailleurs, bientôt ou dans longtemps. Peut-être qu’on est à l’aube de la Troisième Guerre mondiale. Peut-être même qu’elle est déjà commencée. Je n’en sais rien. Et, très honnêtement, je ne veux pas le savoir. Pas tout de suite. Ce que je sais, c’est que les seules armes que j’ai, en tant qu’être humain, c’est l’amour et l’espoir. Je veux rendre hommage à toutes les victimes, à Paris comme aux quatre coins de la planète, en étant forte et en disant non à la peur. Même si c’est plus facile à dire qu’à faire.

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Je veux être ouverte, compréhensive et empathique envers mon prochain, même s’il est primordial de rester prudent. Et rappelons-nous en: prudence n’a pas à rimer avec méfiance. Oui, je sais, les frontières d’un pays sont comme sa porte d’entrée. Des fois, on les ferme pour protéger ceux qui sont à l’intérieur, pas nécessairement pour heurter ceux qui sont à l’extérieur. Et en laissant entrer plus de 25 000 réfugiés syriens au Canada, dans les prochaines semaines, on se met peut-être en péril. Ou peut-être pas. Sûrement pas, à mon humble avis. Mais on n’en sait rien. Ce qui est connu, c’est que notre force première, celle qui nous guidera et qui nous sauvera, ultimement, c’est notre humanité. Notre union aux autres. Notre acceptation des autres. Notre amour de l’autre. Notre confiance en l’autre. Pas une confiance aveugle, non. Une confiance avertie et éclairée. Une confiance réciproque. Une confiance d’alliés. «Plus on est de fous, plus on rit», dit le dicton. J’ajouterais: «mieux on gagne, aussi.»

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