Ronde, et alors?

Les pensées positives et les superwomen

Girlboss, mère exemplaire, amoureuse idéale et femme accomplie, et puis quoi encore? Joanie Pietracupa n’en peut plus de la pression sociale et de l’image des superwomen alimentées par les citations et pensées positives.

 

Joanie-bandeau

Vous connaissez les fameuses pensées positives ou citations inspirantes sur le dépassement de soi? Du genre, « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles » (Sénèque), « Crois en tes rêves et ils se réaliseront peut-être, crois en toi et ils se réaliseront sûrement » (proverbe inconnu) ou encore « Les gagnants trouvent des moyens, les perdants trouvent des excuses » (Franklin Roosevelt)? Elles tapissent nos fils Facebook, Instagram, Tumblr, Pinterest, alouette, sur fond de coucher de soleil rose bonbon? Faut que je le dise : JE. N’EN. PEUX. PLUS. Ouf! Ça fait du bien. On dirait que je viens de lâcher un cri retenu trop longtemps.

Photo: iStock

À mon avis, il y a trois types de personnes face à ces pensées positives:

  1. Celles qui croient en ces bons mots comme on croit en Dieu, avec passion et dévotion, et qui publient, republient ou commentent ce genre d’images régulièrement.
  2. Celles qui croient en ces bons mots, à l’occasion, quand ça les « arrange », soit quand elles ont besoin d’un petit coup de pied dans le derrière ou de se faire rassurer en lisant que tout va bien aller.
  3. Celles qui ne croient pas vraiment (lire : pas du tout) en ces bons mots et qui parfois même s’en moquent un peu (lire : beaucoup).

Je fais habituellement partie du deuxième groupe. Il m’est souvent arrivé de « liker » ces mini-discours de motivation par le passé, surtout quand je m’abonnais à un nouveau sport et que je voulais me sentir comme Rocky avant un combat, prête à défoncer des murs et à péter des gueules. Ou encore que j’essayais de survivre à une peine d’amour ou me remettais plutôt difficilement d’une mise à pied.

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La pression sociale

Cependant, je dois l’avouer, j’ai récemment migré vers le groupe 3. Pourquoi? Un amalgame de facteurs. Je fais une écoeurantite aiguë parce que ces images semblent se décupler sur tous les réseaux sociaux (j’ai pas mal jeté la serviette quand je les ai vus se multiplier sur Facebook – faut croire que les citations inspirantes, c’est les invitations à Candy Crush de 2016!). Peut-être aussi un peu parce qu’on est dans le nombril de l’hiver, que le temps est gris et maussade et que j’ai juste envie de me coucher en boule dans mon lit jusqu’à l’été. Réveillez-moi quand il fera 30 degrés et que les oiseaux seront revenus de leurs vacances tout-compris, mais pitié – ô pitié! – ne me rappelez pas que je suis une loque humaine en manque de motivation et d’accomplissements personnels! Et, finalement, ma raison #1: je trouve qu’on commence à s’en mettre beaucoup, beaucoup, beaucoup trop sur les épaules.

Faudrait être une vraie #girlboss au bureau, avoir gravi les échelons de la hiérarchie en un temps record, être aimée de ses patrons, collègues et employées, avoir juste ce qu’il faut d’autorité et de compassion, ne jamais pleurer/être déçue/être exaspérée/soupirer de fatigue en public (réservez ça pour la petite cabine de toilette au 7e étage, girls!), avoir toujours un sourire aux lèvres et travailler fort et tard, tous les jours.

Faudrait être une #mèreexemplaire, cool et pas plate, disponible, aimante et compréhensive, connaître tout sur tout mais ne pas s’en vanter, savoir se faire respecter de ses enfants, ne pas trop parler souvent de sa progéniture à ses amies célibataires et jongler à la perfection avec ses vies professionnelle et personnelle.

Faudrait être une #amoureuseidéale, douce, drôle, fun et surtout pas folle (allez, à go, on éradique la pensée populaire qui dit que les filles sont toutes des folles!), donner sans rien attendre en retour, être calme et posée en toute situation, être indépendante mais toujours là pour l’autre, à l’encourager, à le soutenir, à l’encenser, à l’idolâtrer.

Et, comme si tout ça n’était pas assez, faudrait être une #femmeaccomplie, n’avoir peur de rien, ne pas redouter les défis que la vie met sur notre chemin, être toujours prête à foncer, à se battre et à s’épanouir avec la grâce, la forme et la beauté de Grace Kelly, se dépasser un peu plus tous les jours et toujours, toujours, toujours chercher à être la meilleure version de nous-mêmes.

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Sans blague, je suis épuisée rien que d’avoir écrit ça. Est-ce qu’on peut se laisser respirer un peu? Vivre à sa façon, à sa vitesse personnelle? Laisser place à l’imprévu, à l’abandon, aux défaites, aux échecs et à la déprime passagère? Est-ce qu’on peut se dire que oui, on rêve toutes d’exceller dans chacun des domaines qui composent notre vie, mais que ce n’est pas tout à fait réaliste? Qu’on a le droit de ne pas être parfaite en tout temps, d’avoir parfois besoin de peser sur pause et de ne pas angoisser à l’idée qu’on n’est pas en train de s’améliorer, là, maintenant, tout de suite? Que c’est OK d’avoir pris cinq livres, de ne pas avoir mis les pieds au gym depuis deux semaines, d’être en retard pour aller chercher le p’tit à la garderie, d’oublier la fête de la mère de Chéri!

Faut surtout apprendre à se pardonner, à faire des compromis, à se laisser aller, et à admettre ses erreurs. « La vie n’est pas qu’une longue compétition avec soi-même, c’est une série de hauts et de bas avec laquelle on doit composer le plus humainement possible » (Joanie Pietracupa). Maintenant, allez m’imprimer ce message-là sur une photo de kayakiste solitaire qui navigue sur un grand lac tranquille!

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