Vivre, laisser vivre et savoir-vivre

Pourquoi fait-on du sport? Pour se faire du bien, à soi et soi-même d’abord. Cette idée, Joanie Pietracupa a dû faire un effort pour s’en souvenir après un incident désagréable arrivé dimanche dernier. La preuve que le manque de savoir-vivre ne sévit pas que sur les réseaux sociaux…

 

Joanie-bandeau

Dimanche dernier, 10 h. Je traverse le parc Jeanne-Mance à pied, à un rythme assez effréné, en étirant les bras au-dessus de ma tête. Je me prépare pour ma course du dimanche sur le Mont-Royal, à deux pas de chez moi. Je bâille, je ferme les yeux, je tends mon visage vers le soleil, un peu endormie. Devant moi, au loin, une femme qui me dévisage. Est-ce que je la connais? Une amie de ma mère, peut-être? Non, pourtant, sa tête ne me dit rien. Je lui fais un sourire digne d’une pub de traitement blanchissant pour les dents façon «Bonne journée à vous, chère dame». C’est dimanche, il fait beau, je suis heureuse.

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Photo: Maude Chauvin
Photo: Maude Chauvin

«Hey, c’est toi, Julie, la grosse qui blogue pour Châtelaine?», me lance-t-elle en me regardant droit dans les yeux. Je déglutis. Il me semble que ma salive se fait plus épaisse, plus âcre. «Euh, Joanie, oui», lui réponds-je d’une voix étonnamment petite pour une fille si grosse (!). «Je ne te croyais pas quand tu disais que tu faisais du sport», continue-t-elle. «Ah bon? Ben en voilà la preuve!», dis-je avec un léger sourire. «Je vais te regarder jogger, un peu. Mes amies et moi, on ne te croit pas quand tu écris que les gros peuvent courir», conclut-elle. BAM. Voilà. Voilà pourquoi elle me fixait avec ce mélange de haine et de dégoût dans le fond des yeux. Voilà pourquoi elle me balayait de la tête aux pieds avec ce regard méprisant. Voilà pourquoi elle me regardait comme si je la connaissais alors que c’est elle qui pensait me connaître.

Comme toujours dans ce genre de situation là, je n’ai pas su quoi répondre. Pas su avoir de la répartie, pas su me défendre. Jouer avec les mots comme métier et ne pas savoir les utiliser dans les moments importants, c’est ça l’ironie? On dirait qu’Alanis Morissette en aurait fait une sacrée bonne chanson. Je suis donc partie. Je lui ai tourné le dos et j’ai grimpé les marches vers l’avenue du Parc, lentement. Je suis forte, je suis forte, je suis forte, me répétais-je. J’ai essayé de me rappeler pour qui je cours (pour moi) et pourquoi je cours (pour me faire du bien). J’ai tenté de me souvenir des belles pensées que j’écris chaque semaine sur ce blogue: estime, confiance, dépassement, acception, amour de soi. En vain. Tout ce qui me revenait en tête, c’était les paroles de cette femme, qui tournaient en boucle comme une mauvaise chanson. Puis, j’ai craqué. J’ai versé une larme, deux, trois peut-être. OK, quatre. Pour la première fois depuis longtemps. Les critiques négatives, j’ai appris à les supporter sur la toile, mais pas encore dans la vraie vie, faut croire. J’ai encore du chemin à faire, comme bien des femmes.

Puis, j’ai couru plus fort et plus vite que jamais. J’ai atteint le sommet de la montagne avant de réaliser où j’étais, les yeux encore mouillés. Ce n’est qu’après avoir descendu toutes les marches que je me suis assise et que j’ai réfléchi à tout ça. Au fait qu’il y en aura toujours, des gens qui se moquent de moi ou qui doutent de moi. Au fait que je ne pourrai jamais rien y changer. Au fait que c’est leur droit et que c’est correct comme ça. Que ce que je peux modifier, c’est mon attitude. Arrêter de le prendre personnel, même si ça s’adresse à moi. Arrêter de me remettre en question, même si l’on me pose des questions. Réaliser que ce débat-là, il n’appartient pas qu’à moi. Réaliser que souvent, les armures les plus puissantes sont faites de larmes, de doutes et de peines passées. Que sans ça, on n’arriverait pas à s’aimer autant que j’en ai eu besoin ce jour-là. Que sans ça, on n’arriverait pas à se dépasser autant que je l’ai fait ce jour-là, non plus.

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En rentrant chez moi, je me sentais déjà plus légère. J’ai raconté ça à quelques amies, histoire de ne pas vivre ça seule et de partager le reste du poids qui pesait encore sur mes épaules, et l’une d’elles m’a suggéré de joindre le groupe Facebook privé «Karine et ses Mères-veilleuses» (il existe aussi un site génial, jesuismv.com – je vous conseille d’ailleurs fortement d’aller le visiter). J’ai attendu un ou deux jours avant d’être acceptée dans le groupe, puis j’y ai découvert la caverne d’Ali Baba. Près de 23 000 femmes d’ici, toutes réunies en ces lieux par la journaliste et animatrice Karine Champagne, ayant un seul but commun: s’encourager à faire du sport, se conseiller sur leur méthode de bouger et partager leurs succès de (re)mise en forme. Interdit de se comparer, d’obséder avec son poids ou les régimes, de manquer de respect à sa prochaine. Des valeurs belles et bonnes, respectées à la lettre par tous les membres du groupe.

Au fil des publications lues, j’ai appris à me refaire confiance, et surtout, à refaire confiance aux autres. J’ai vu des tonnes de femmes de toutes les origines et de toutes les silhouettes, des histoires tristes, heureuses, motivantes ou inspirantes, des trucs et des astuces pour bouger plus et mieux, des encouragements sincères à l’infini… J’ai surtout vu des femmes prêtes à tout pour s’entraider, ce geste si pur et naturel qui semble se perdre de génération en génération. Pour chaque âme malveillante, il m’a soudain semblé exister dix cœurs qui battent au rythme de la gentillesse et de la générosité. Je n’ai pas encore osé y partager un échec ou une réussite, mais ici aussi, je me dis que chaque chose arrive en son temps et que du temps, je n’ai que ça. Ça, de la volonté et 23 000 nouvelles amies prêtes à m’aider à redéfinir ce que c’est que de vivre, laisser vivre et savoir-vivre.

À VOIR: On a demandé à Joanie Pietracupa de démanteler les pires clichés associés aux rondes… Sa réponse en vidéo!

Suivez Joanie Pietracupa sur Twitter (@theJSpot) et Instagram (@joaniepietracupa).

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