La joie pure de chanter

Si on me donnait le choix entre gagner le gros lot et être l’invitée qui se fait chanter la pomme à l’émission En direct de l’univers, je n’hésiterais pas! Or je viens justement d’avoir droit à un beau magot.

 

Diane Dufresne et Catherine Major (Photo: Instagram @catherine_major)

Le scénario évoqué ci-haut est hypothétique: je n’achète pas de billets de loto et je ne suis pas une vedette de la télé. Je veux juste signaler d’entrée de jeu que l’attrait de la chanson l’emporterait haut la main!

C’est dire mon état d’esprit quand, il y a peu, j’ai été approchée pour être «DJ du dimanche» à Ici Musique pour les Chants libres à Monique animés par la passionaria de la chanson, Monique Giroux. Mon «oui je le veux!» a été immédiat, catégorie championne olympique de l’enthousiasme!

J’étais quand même un brin étonnée: je n’ai pas le profil type pour ce genre d’émission où ce sont plutôt les personnalités artistiques, et de temps en temps sportives ou politiques, qui se succèdent. Mais je viens de publier un livre qui puise son inspiration dans les notes du Plus beau voyage, cette grande chanson de Claude Gauthier. Je n’ai donc pas cherché plus loin.

J’avais de toutes manières mieux à faire: dresser «la» liste! Avoir quinze chansons en français (là tu me parles!) à présenter à l’auditoire. Pas d’autre critère que celui-là.

Vous dire le mois de bonheur que je viens de passer!

Le rendez-vous n’aurait lieu que des semaines plus tard et mes engagements professionnels remplissent mes journées. Pourtant, le soir même de l’invitation, j’ai commencé à noter des idées de chansons. Ç’a même occupé mes insomnies de cette nuit-là (le doux moment!) et ça s’est poursuivi en matinée.

Résultat net: 40 titres alignés. Qu’est-ce que j’allais retrancher? Oh que le beau cadeau me paraissait tout à coup empoisonné…

D’autant que, attentive soudain à tous les chants, d’autres idées me venaient. Comment avais-je pu oublier cet air-là? Et mon cœur qui plonge quand j’entends cette voix: faut qu’elle y soit! «Faut que tu mettes celle-ci aussi», m’incite avec raison une amie… Enfer et damnation, que faire!

Eh bien, j’ai fait qu’à chaque jour j’ai écouté en boucle des tas de chansons, les reprenant ensuite dans ma tête jusqu’à plus soif. Et chaque jour, le pincement au cœur mais le sourire aux lèvres, j’ai modifié ma liste… avec la ridicule envie de m’excuser auprès des artistes concernés dès que je rayais un titre.

Bref, je me suis régalé! Il fallait bien une invitation «officielle» pour que je prenne le temps de plonger à fond dans les airs que j’aime plutôt que de les limiter à un fond sonore. Ça ne m’était pas arrivé depuis l’adolescence.

En même temps, curieux hasard, je suis aussi à redécouvrir autrement les plaisirs de la chanson.

Ma mère, maintenant «placée», est alitée pour de bon et elle n’a plus la concentration pour lire, suivre une série télé ou écouter la radio comme elle aimait tant. Ce qui perdure toutefois, c’est l’envie de chantonner ou d’écouter les airs qui ravivent ses souvenirs.

Ma sœur a donc acheté le précieux appareil qui accepte autant cassettes que cd (c’est devenu une rareté!). Elle a aussi retrouvé à la maison familiale de vieux cahiers de la «Bonne chanson» et des cassettes de chansons populaires ou folkloriques. Et puis, coup de chance, elle a déniché récemment «en spécial» des cd compilant une foule de succès des décennies 60 et 70, avec «Jeunesse d’aujourd’hui» en tête.

Dorénavant, nos visites sont donc essentiellement musicales: on ouvre un cahier ou on met un cd et c’est parti! Par ici «Les cloches du hameau», «Ne pleure pas Jeannette», ou bien «Un baiser de toi», «Trois p’tits coups» et en masse de Ginette Reno et de Mireille Mathieu!

Quand elle est en forme, maman chante en chœur, avec ses filles bien sûr!; quand elle l’est moins, elle pianote du bout des doigts. Mais chaque fois la musique lui rebrasse la bonne humeur et console les idées chagrines. Pas une pilule n’a autant d’effet!

D’ailleurs, et c’est toujours touchant à observer, même les plus confus des compagnes et compagnons d’hébergement de ma mère ont une étincelle dans les yeux quand ils reconnaissent un air populaire à l’occasion des petits concerts organisés à la résidence… Moi je projette, mi-amusée, mi-inquiète: qu’est-ce que ce sera comme symphonie quand fans de punk, de heavy metal et de rappeurs occuperont à leur tour les résidences pour aînés!

Mais pour le moment, dans le calme des refrains qui s’entonnent, je retrouve la joie pure que m’ont autrefois donné les chansons de l’enfance, quand il me fallait endormir mes petits.

Chanter pour ma gang arrive en fait très haut dans mon palmarès des plus beaux moments associés à la maternité. Surtout que, tout heureux d’étirer l’heure du coucher, pas un d’entre eux ne m’aurait reproché de fausser! Une occasion en or de revisiter les airs légers qui, petite fille, m’enchantaient, de la Souris verte à Félix Leclerc.

Avec quatre enfants, mon bonheur a duré longtemps. Et voilà que grâce à ma mère, il revient, intact. Elle est pas belle la vie!

C’est bien pourquoi, à cause de vieux cahiers, de quelques cd, et de trente versions d’une liste à peaufiner, je vous laisse sans peine les gros lots à tirer.

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Journaliste depuis plus de 30 ans, Josée Boileau a travaillé dans les plus importants médias du Québec, dont au quotidien Le Devoir où elle a été éditorialiste et rédactrice en chef. Aujourd’hui, elle chronique, commente, anime, et signe des livres. Son plus récent, J’ai refait le plus beau voyage, vient de paraître aux éditions Somme toute.

 Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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