Prostitution ou travail du sexe? Suite et fin

Ma plus récente chronique a soulevé des remous, alors je reviens sur le sujet…

 

 

Photo: Danny G / Unsplash

Dans ma dernière chronique, j’ai abordé l’enjeu de la prostitution/travail du sexe d’une manière rassembleuse, respectant à la fois le libre arbitre de celles qui choisissent le travail du sexe tout en compatissant avec la souffrance de celles qui se retrouvent coincées dans la prostitution. Si on veut avancer pour assurer aux unes et aux autres la sécurité, la dignité et la liberté, il faut sortir du traditionnel manichéisme «pour ou contre».

Mais le jour du grand dialogue et de la réconciliation ne semble pas encore venu. Il y a trop de blessures, d’incompréhension et de rancoeur chez les militantes, tant chez celles qui réclament la fin de la stigmatisation du travail du sexe que chez celles qui jugent que la prostitution est une violence exercée à l’encontre des femmes. Si j’étais cynique, je dirais aussi bien tenter de réconcilier le Hamas et les colons israéliens ultra-orthodoxes…

Apparemment, on ne peut pas être nuancée sur ce sujet. Il FAUT choisir son camp. N’empêche, je suis fière de mon texte et de l’appel au dialogue que j’y ai défendu. En fait, je suis fière de mon texte, sauf pour un truc. J’ai cité une statistique tirée du plus récent rapport du Conseil du statut de la femme (CSF) sur la prostitution, selon lequel l’âge moyen d’entrée dans la «profession» au pays se situerait à 14-15 ans. Ce chiffre est aujourd’hui contesté.

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Présenté tel quel dans les faits saillants de l’Avis de cet organisme consultatif gouvernemental, il serait en réalité le fruit d’une estimation fondée sur différentes études plus ou moins probantes, puisqu’il n’existe pas de consensus ou d’étude exhaustive sur la prostitution/travail du sexe au Canada actuellement. Lorsque je l’ai interrogé à cet effet, le porte-parole du CSF, Pierre Turgeon, m’a indiqué que l’avis du Conseil intitulé «La prostitution : il est temps d’agir», publié en 2012, reflète les données disponibles à cette période et que les études citées dans l’avis remontent aux années 1998 et 2001. «Par conséquent, ces données pourraient bénéficier d’une actualisation ou d’une mise à jour pour connaître la situation réelle d’aujourd’hui».

Je regrette d’avoir rapporté cette statistique tirée du rapport du CSF. J’avais donc prévu faire un erratum au bas de ma chronique d’aujourd’hui, qui devait porter sur un tout autre sujet. Je voulais vous parler du clitoris. J’avais plein de trucs à vous dire. Comme: comment se fait-il, bordel, que la structure interne étendue de cet organe ne soit toujours pas enseignée dans les écoles?

Mais voilà, il fallait que je revienne sur la prostitution/travail du sexe plus longuement que le temps d’une précision en bas de page. Parce que pendant qu’on s’obstine à savoir si c’est une majorité ou une minorité de femmes qui entrent dans la prostitution avant l’âge adulte, il demeure que le trafic de mineures est un réel problème au pays, particulièrement au Québec. Il y a deux ans, une enquête de La Presse sur la prostitution juvénile démontrait que notre province est la seule à exporter des jeunes filles ailleurs au pays pour qu’elles y soient exploitées sexuellement «parce que les proxénètes québécois vendent leur “marchandise” à un prix défiant toute concurrence».

D’ailleurs, pendant que je vous écris ces lignes, un ami perdu de vue depuis longtemps vient de m’écrire un message en réaction à mon plus récent texte: «Tu sais c’est quoi le pire dans tout ça? Ma soeur avait 15 ans quand elle a été prisonnière d’un proxénète avec son amie…». Je serais époustouflée devant la synchronicité de la vie si elle n’était pas parfois aussi triste. Au final, je n’ai pas de réponses pour vous quant à l’âge moyen d’entrée des femmes dans le travail du sexe/prostitution, mais cela ne change rien au point de vue global exprimé dans mon précédent texte : si certaines femmes se prostituent par choix, d’autres le font par circonstances de la vie ou par manque de ressources. Un jour, il va bien falloir arriver à réconcilier ces réalités. Et  je peux vous assurer qu’il y a loin de la coupe aux lèvres!

Voilà qui fait le tour pour le moment de ce que j’avais à vous dire sur cet enjeu. Et je vous annonce que je ne réagirai pas sur les réseaux sociaux aux commentaires suscités par ce texte-ci. Allez, à la revoyure, on se retrouve en décembre. Je compte bien alors vous parler de rituels familiaux, de mémoires… et du temps des Fêtes!

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Marilyse Hamelin est journaliste indépendante, chroniqueuse et conférencière. Elle est aussi l’animatrice à la barre du magazine culturel Nous sommes la ville à l’antenne de MAtv. Elle blogue également pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme (Leméac éditeur), dont la version anglaise – MOTHERHOOD, The Mother of All Sexism (Baraka Books) – vient d’être publiée.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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