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Couple et sexualité

Ce que le polyamour m’a appris

Je n’ai jamais été monogame. Oui, le polyamour demande du travail et une bonne communication, mais il peut aussi permettre de vivre des relations satisfaisantes. Voici cinq choses que j’ai apprises.
Par Millie Boella
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Ce que le polyamour m’a appris

Photo: Christie Vuong

Dès l’âge de 10 ans, j’ai commencé à remettre en question la monogamie. En grandissant au Kenya, dans les années 1990, j’ai pu voir différents types de relations au sein de mes tribus, incluant de la polygamie et même de la sologamie (une cérémonie au cours de laquelle une femme affirme se placer au centre de ses priorités). Réaliser très jeune que la monogamie n’est pas la seule option m’a incitée à explorer le polyamour dès l’adolescence.

Aujourd’hui, j’ai deux partenaires merveilleux. Je vis avec Nick depuis 14 ans et j’ai un autre partenaire depuis 2 ans et demi. J’entretiens également plus de 20 relations « comètes » dans différents pays, avec des personnes que je vois de temps à autre, parfois quelques fois par an, ou à quelques années d’intervalles.

À travers les années, j’ai appris des leçons, que voici.

La monogamie est ancrée dans le colonialisme

Au Kenya comme ailleurs dans le monde, le mariage était, à l’origine, un contrat social conclu pour renforcer des liens familiaux ou politiques, ou encore pour des raisons financières. Ce n’est qu’entre le 18e et le 19e siècles que les Européens ont propagé le concept moderne de « mariage d’amour », en encourageant l’assimilation culturelle dans les pays qu’ils colonisaient. Il est certain qu’aucune des tribus auxquelles j’appartiens (Kikuyu, Maasaï, Andorobbo et Kalenjin) n’était culturellement monogame avant d’être colonisée par les Britanniques.

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Aujourd’hui, la plupart des Kenyans qui vivent en ville, y compris les membres de ma famille, ont adopté un mode de vie monogame. Mais ce changement s’est accompagné de taux élevés de divorce et d’infidélité.

Lorsque j’ai vu mon oncle se marier pour la troisième fois après que ses précédentes unions aient pris fin en raison d’infidélités, j’ai compris que les relations étaient plus complexes que l’idéal monogame véhiculé par les Européens. Dans notre culture traditionnelle, personne, quel que soit son sexe, ne ressentait l’obligation de prétendre avoir un seul partenaire. Les mariages restaient donc intacts.


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Le polyamour m’est venu naturellement

Quand j’ai commencé à faire des rencontres, à l’adolescence, je savais que je ne voulais pas être monogame. Mes premières expériences sexuelles ont eu lieu au pensionnat avec des filles qui sortaient aussi avec d’autres filles et garçons, et tout cela était accepté de manière tacite. Même si je n’ai pas utilisé le terme « polyamour » avant les dernières années de mon adolescence, je disais à toutes les personnes avec lesquelles je sortais que j’étais non monogame.

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Je n’ai eu qu’une seule relation exclusive. J’ai rencontré mon ex-fiancé quand j’avais 18 ans et lui 21. Je lui ai dit que j’étais polyamoureuse, mais il affirmait que le véritable amour engendre la jalousie et que, pour me comporter comme une bonne partenaire, je devais cesser de le rendre jaloux en fréquentant d’autres hommes. Je me sentais emprisonnée. J’étais non seulement tenue de considérer qu’il satisfaisait tous mes besoins à lui seul, mais aussi de réprimer mes sentiments envers d’autres personnes. Ironiquement, nous avons rompu parce qu’il était malhonnête. 

Le polyamour se nourrit d’une communication ouverte

J’ai rencontré Nick à Montréal, en 2010. Le courant est tout de suite passé entre nous, en grande partie parce que nous détestions tous les deux avoir à sortir avec différentes personnes pour trouver l’âme sœur. Lors de notre quatrième rendez-vous, à la librairie Indigo, nous avons plongé dans le livre de Monica Mendez Leahy 1001 Questions to Ask Before You Get Married (1001 questions à poser avant de se marier) afin de l’utiliser pour évaluer notre compatibilité à long terme.

Une communication profonde et honnête est fondamentale pour Nick et moi. Afin de clarifier les limites et les responsabilités de chacun au sein de notre relation, nous avons rédigé un accord détaillé de cinq pages qui couvre tout, des pratiques sexuelles sans risque avec d’autres personnes à la planification de la fin de vie. Contrairement aux monogames, qui suivent souvent un scénario tacite pour gérer leurs relations, les polyamoureux comme nous doivent élaborer leurs propres modèles en toute connaissance de cause. Nous avons également conclu une entente concernant notre réseau de partenaires polyamoureux, que nous appelons notre «polycule».

Les relations polyamoureuses, comme toutes les relations, nécessitent du travail

J’ai appris que j’ai besoin de passer trois jours par semaine avec un partenaire pour créer un lien fort avec lui. J’organise donc mon horaire en conséquence: chaque semaine, je vis avec Nick pendant trois jours, puis avec mon autre partenaire les trois jours suivants (s’il n’est pas en tournée, puisque c’est un musicien). Ensuite, je passe au moins une journée seule. Je vois mes « comètes » quand je peux, car elles vivent dans différentes villes, entre la Suède et Vancouver. Et lorsque je ne suis pas avec mes partenaires, je reste en contact avec elles au moyen d’appels vidéo.

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Nous avons besoin de plus de modèles polyamoureux positifs

Nick et moi sommes des influenceurs polyamoureux: nous partageons notre vie sur les réseaux sociaux sous le nom de « Decolonizing Love ». Je n’avais jamais prévu de devenir influenceuse, mais beaucoup de gens m’ont demandé conseil en raison de ma longue expérience du polyamour, qui est assez rare.

Pour l’anecdote, beaucoup de mes abonnés m’ont dit que la pandémie de COVID-19 les avait amenés à se demander si la personne avec laquelle ils étaient confinés était la seule avec laquelle ils voulaient vivre. Parallèlement, un sondage réalisé en 2020 a révélé que 43 % des millénariaux américains interrogés considéraient les relations non monogames comme idéales.

Mes tribus m’ont montré les multiples possibilités de l’amour. Comme je les représente à l’étranger, j’aide à diffuser leur message selon lequel l’amour est ancré dans la liberté et ne doit pas se limiter à un moule unique. Je crois que le polyamour constituera la prochaine vague de la révolution sexuelle, et je suis ravie de contribuer à préparer le terrain.


La version originale (en anglais) de cet article a été traduite par l’équipe de Châtelaine en juillet 2025.

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