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Couple et sexualité

J’ai vécu avec mon ex pendant notre divorce

Nous avons d’abord fait chambre à part, puis nous avons commencé à nous occuper de notre enfant comme si nous avions une garde partagée. Cet arrangement nous a permis d’économiser beaucoup d’argent, mais nous en avons aussi souffert.
Par Propos recueillis par Alicia Cox Thomson
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J’ai vécu avec mon ex pendant notre divorce

Photo: Getty Images

Après 23 ans de vie commune, j’ai mis fin à mon mariage avec Kevin* sur un banc de parc, par une fraîche journée du printemps 2024. J’étais malheureuse depuis des années, la thérapie de couple ne m’aidait pas et je savais que je devais partir pour préserver ma santé mentale. C’est ce qui m’a donné le courage de dire à mon mari que notre mariage ne fonctionnait pas.

Même si Kevin n’était pas d’accord, je savais qu’il était temps de nous séparer.

Après notre discussion, j’ai eu un peu la nausée, mais je me suis surtout sentie soulagée. J’étais libre, en quelque sorte. Nous avons convenu de ne pas en parler à notre enfant, qui avait 13 ans et était sur le point de finir sa deuxième année du secondaire. Nous avons terminé nos courses et l’avons cueilli à l’école comme si de rien n’était. Ce soir-là, nous avons dormi dans le même lit. Rien n’avait changé, et pourtant, tout avait changé.

Kevin et moi nous sommes rencontrés à l’université. En 2006, alors qu’il avait 23 ans et moi 26, nous nous sommes mariés; nous étions les premiers de notre groupe d’amis à le faire. Nous avons passé la moitié de notre vie ensemble. Nous aimons notre enfant. Pourtant, il y avait des aspects de la personnalité de Kevin que je n’avais jamais vraiment compris. Je me suis rendu compte que nous n’avions jamais eu de conversations profondes sur quoi que ce soit, pas même nos insécurités, notre rôle de parents, l’éducation de notre enfant, notre vie en banlieue. J’ai réalisé que je ne le connaissais pas très bien et qu’il n’avait jamais vraiment essayé de me connaître non plus.

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En 2018, Kevin a radicalement changé son mode de vie pour se concentrer sur sa perte de poids et sa remise en forme. Même si je ne nous qualifierais pas de pantouflards, mon enfant et moi n’étions pas particulièrement adeptes des activités de plein air. Pourtant, Kevin était toujours déçu, voire contrarié, lorsque nous ne voulions pas l’accompagner pour des randonnées à vélo de 50 km. Il ne semblait pas avoir envie de découvrir ce qui intéressait notre enfant.

Je trouvais qu’il se souciait davantage des apparences – son apparence physique, mais aussi notre image de famille unie – que de notre bonheur. Il n’était pas satisfait de son corps et certaines de ses remarques me laissaient croire qu’il n’aimait pas le mien non plus. Kevin ne m’offrait plus l’amour inconditionnel que je considère comme essentiel dans un mariage.

Même la thérapie de couple suivie avant notre séparation n’a pas aidé. Lorsque la thérapeute nous a demandé si nous suivions son conseil de prendre 5 minutes par jour pour discuter sans distractions, il a répondu «Eh bien, moi, je le fais.» Je n’ai pas compris comment il pouvait penser être le seul à faire cet effort.

Lorsque nous nous sommes retrouvés sur ce banc dans le parc, j’ai réalisé que mettre fin à notre mariage était la seule pensée qui m’habitait, de mon réveil jusqu’à ce que je me couche. J’étais malheureuse.

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Environ un mois après mon annonce à Kevin, dormir dans le même lit est devenu malaisant. Je savais qu’il était temps d’annoncer la nouvelle à notre enfant et de nous séparer «pour vrai», peu importe ce que cela pouvait signifier. Comme j’avais pris l’initiative du divorce, Kevin estimait que c’était à moi de me renseigner sur les démarches à suivre pour entamer la procédure, mais nous avons parlé à notre enfant ensemble, et Kevin s’est installé un lit dans la salle familiale du sous-sol. C’était sa décision et je ne m’y suis pas opposée. 

Le logement est devenu si cher au Canada que je ne vois pas comment l’un de nous aurait pu se reloger, à un prix raisonnable, dans un court délai. Au début, j’avais quand même espéré pouvoir racheter la part de Kevin dans notre maison, mais son avocat lui a conseillé de ne pas déménager tout de suite. De toute façon, aucun de nous deux n’avait les moyens de payer un loyer en plus de notre prêt hypothécaire.

Nous avons décidé que Kevin paierait le prêt hypothécaire et que je m’occuperais des factures, ce qui représentait un partage financier à peu près équitable. J’ai acheté ma propre voiture, car la nôtre était au nom de mon mari, mais aussi parce que j’avais besoin que quelque chose n’appartienne qu’à moi. C’était comme un acte de rébellion.

Depuis le début de la pandémie, Kevin s’occupait de la plupart des courses et de la cuisine, et il a continué à le faire après notre séparation. Nous partagions l’unique cuisine de la maison et nous prenions généralement nos soupers en famille.

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Nous avions toujours partagé les autres tâches ménagères, mais, une fois que Kevin a emménagé en bas, il disparaissait pratiquement après le souper, me laissant m’occuper de notre enfant. Je continuais aussi à être responsable de toutes les tâches liées à l’éducation de notre enfant et à prendre les rendez-vous. 

Lorsque nous avons établi un accord de garde, avec l’aide de nos avocats, j’ai insisté pour que nous commencions immédiatement à respecter un calendrier officiel: l’un de nous assumerait toutes les tâches pendant sept jours d’affilée, avant de passer le témoin à l’autre parent.

Pendant ses semaines, Kevin était chargé de nourrir notre enfant, de l’emmener à l’école et à ses activités, et de le coucher à l’heure. Il devait aussi nourrir et promener nos deux chiens. Je dormais toujours dans ma chambre et lui en bas; notre enfant restait dans sa chambre, à l’étage. Pendant les semaines de Kevin avec notre enfant, je gardais mes distances avec eux, dans la maison. Nous passions toutes nos vacances séparément. Cela fonctionnait pour nous tous, et même pour les chiens. Mais Kevin était gêné de le dire à sa famille; je pense qu’il avait honte de divorcer.

Hormis cet emploi du temps, notre arrangement n’était pas toujours facile, surtout en matière d’éducation. Kevin et moi avons des méthodes différentes, et j’avais du mal à ne pas intervenir quand il rencontrait des difficultés avec notre enfant. Nous parlions très peu. Ce n’était pas très différent de ce qui se passait depuis que notre enfant était bébé; nous étions passés maîtres dans l’art d’éviter les conflits. Comme je n’avais pas été aussi heureuse depuis des années, c’était supportable.

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Le fait d’avoir du temps libre pour réfléchir à ce que je voulais pour la prochaine étape de ma vie m’a aidée. Je savais que nous ne pouvions pas vivre ainsi éternellement et j’acceptais le fait que, pour pouvoir payer deux logements, nous devions vendre notre maison. C’était à la fois effrayant et exaltant. J’allais vivre seule pour la première fois depuis mes 21 ans.

Notre maison s’est vendue rapidement, et Kevin et moi avons fait des plans pour emménager chacun de notre côté. Il restait opposé au divorce et, même quelques semaines avant de déménager, il disait qu’il n’en voulait pas. Mais j’étais prête à commencer un nouveau chapitre de ma vie, et rien de ce qu’il disait ne pouvait me faire changer d’avis.

Grâce à ma part du produit de la vente et à de l’argent reçu de ma mère, j’ai pu acheter une maison près de l’école de mon enfant. Sans sa générosité, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Je sens toutefois que j’aurais quand même trouvé un moyen de partir. Kevin a loué un appartement non loin de là.

Le fait d’avoir vécu avec mon ex-mari pendant près d’un an, pendant que nous négociions notre séparation et notre divorce, nous a évité des difficultés financières. Mais surtout, c’était la meilleure solution pour notre enfant, même s’il a d’abord eu de la difficulté à accepter que notre famille changeait.

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Ma nouvelle maison m’appartiendra en propre. J’ai hâte de pouvoir décider moi-même de ce que je vais manger, de ce que je vais faire et où je vais aller. Je vais faire plus attention à mon budget et être plus sélective dans mes dépenses. Je veux renouer avec mes amis et reprendre certains de mes anciens passe-temps. Je suis optimiste pour la prochaine étape de ma vie.

*Le nom de la personne qui s’exprime n’est pas mentionné et celui de son mari a été changé pour préserver la vie privée de la famille.


La version originale (en anglais) de cet article a été traduite par l’équipe de Châtelaine en septembre 2025. 

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