Quoi dire (et ne pas dire) quand votre enfant vous frappe

Illustration: Today's Parent, avec Sora
Soyons réalistes un instant. Lorsque votre enfant vous frappe, cela fait mal – physiquement et émotionnellement. Cela peut arriver lorsque vous quittez le parc, ou juste après avoir refusé un autre biscuit ou une vidéo YouTube. Vous sentez monter la colère, puis ressentez de la culpabilité, et finalement de la frustration et de la confusion. Que devez-vous faire? Que devez-vous dire? Êtes-vous en train d’échouer complètement dans votre rôle de parent?
L’agressivité chez les tout-petits est extrêmement courante, en particulier dans les premières années, lorsque les émotions fortes submergent leur petit cerveau encore en développement. Le savoir ne rend pas toujours la situation plus facile, surtout lorsque vous esquivez un biberon et retenez vos larmes.
Ce guide vous propose des scénarios concrets et reproductibles ainsi que des outils apaisants pour traverser ces moments chaotiques. En prime: les confessions sincères de parents qui ont vécu la même situation, ont perdu leur sang-froid… et se sont repris.
Vous n’êtes pas seul. Vous n’êtes pas en train d’échouer à titre de parent. Vous vous en sortez même probablement mieux que vous ne le pensez.
Pourquoi les tout-petits frappent (et pourquoi ce n’est pas de votre faute)
Les tout-petits sont des êtres émotionnels, mobiles et bavards qui contrôlent très peu leurs impulsions. La partie de leur cerveau qui aide à l’autorégulation (le cortex préfrontal) est encore en construction.
Donc, quand ils frappent, mordent ou vous jettent un objet ou de la nourriture au visage, ce n’est pas personnel. Leur système nerveux est simplement en pleine effervescence.
Déclencheurs courants
Frustration – Ne pas pouvoir faire quelque chose (pour l’instant).
Surstimulation – Trop de bruit, de lumière, de personnes.
Transitions – Quitter la maison, arrêter de jouer, changer d’activité.
Rappel: Vous n’exagérez pas si vous avez mal quand on vous frappe. C’est normal de vous sentir contrarié, même si vous comprenez le « pourquoi ».
Se sentir provoqué ne fait pas de vous un mauvais parent; cela fait de vous un être humain. Ayez simplement conscience de vos sentiments et prenez un moment pour vous recentrer.
Que dire (lorsque vous êtes sur le point de craquer)
Lorsque votre enfant fait une crise, son cerveau rationnel est hors service. Il ne trouve pas les mots; il a donc besoin que vous lui transmettiez votre calme. Les émotions sont contagieuses, et les vôtres peuvent l’aider à se ressaisir.
Soyez bref, calme et répétitif.
Essayez de dire:
- « Quelque chose semble difficile en ce moment. Ce n’est pas grave. »
- « On va faire une petite pause. »
- « Tu es en sécurité. Je suis ici avec toi. »
- « Je suis là pour t’aider quand tu seras prêt. »
- « On dirait que tu te sens [triste/frustré/déçu]. Est-ce que j’ai raison? »
Puis, attendez. Restez près de lui, en silence. En cas de crise, le silence renforce le sentiment de sécurité.
Ce qu’il ne faut PAS dire:
- « Tu es méchant. »
- « Qu’est-ce qui ne va pas chez toi? »
- « Si tu te calmes, je te donnerai plus de temps d’écran. »
- « Tu fais toujours ça. »
- « Qu’est-ce que tu veux, voyons?! »
Ces phrases peuvent être prononcées sous le coup de la frustration, mais elles provoquent de la honte, qui, elle, bloque l’apprentissage et la connexion.
LIRE AUSSI:
- Rage des mères: d'où vient cette colère immense?
- À l’aide, je ne comprends plus mon ado!
- Masculinisme au Québec: comment accompagner nos filles?
Ce qui vous aide, votre enfant et vous, à vous remettre
Vous avez surmonté ce moment difficile. Et maintenant?
C’est le moment de procéder à la régulation émotionnelle, c’est-à-dire d’aider votre enfant à retrouver son calme tout en lui rappelant que vous êtes une présence stable et sécurisante.
Voici ce qui peut vous aider:
- Calmez-vous d’abord. Prenez une grande respiration.
- Vérifiez votre ton et votre posture. Soyez doux, neutre, ancré.
- Accroupissez-vous à sa hauteur (si c’est sécuritaire).
- Asseyez-vous paisiblement. Évitez les questions, les ordres ou les leçons.
- Évitez les excuses forcées. Elles peuvent ajouter à la honte sans développer les compétences.
- Renouez avec le contact physique. Si votre enfant s’y montre ouvert, essayez de le prendre dans vos bras, de lui faire un câlin ou simplement de vous asseoir près de lui.
Quelques heures ou même une journée plus tard, vous pourrez discuter de la situation avec votre lui et mettre en pratique différentes stratégies pour gérer les émotions fortes.
Essayez de dire: « La prochaine fois que tu ressentiras une émotion forte, qu’est-ce qu’on pourrait faire à la place? Prendre de grandes respirations? Frapper dans un oreiller? Déchirer du papier? » Puis entraînez-vous ensemble.
Et si vous perdez votre sang-froid?
Oui, cela arrive. Vous criez, claquez une porte. Peut-être même que vous pleurez.
Vous n’êtes pas en train d’échouer comme parent pour autant. Vous vivez simplement aussi des émotions.
La magie ne réside pas dans la perfection, mais dans la réparation.
Essayez de dire:
- « Je suis désolé d’avoir crié. Ce n’était pas bien. On peut réessayer? »
- « Je n’aurais pas dû crier quand j’étais en colère. Je t’aime. »
- « Moi aussi, j’apprends encore à gérer les émotions fortes. On pourrait peut-être s’exercer ensemble. »
Les enfants n’ont pas besoin de parents parfaits; ils ont besoin de parents connectés.
Ce qui a aidé de vrais parents
Je travaille tous les jours avec des parents aux prises avec des comportements difficiles. Voici quelques-unes de leurs astuces préférées qui fonctionnent lorsque se manifestent de vives émotions:
- « Je garde un mantra en tête: “Le calme est contagieux”. »
- « Nous avons créé un coin calme, où nous allons tous les deux lorsque la situation s’envenime. »
- « Je chuchote plutôt que de crier; cela permet à tout le monde de se calmer. »
- « Nous nous sommes entraînés à frapper dans des coussins. Maintenant, quand la situation dégénère, je commence simplement à frapper un oreiller. Mon enfant se joint à moi, et ce rituel apaise tout le monde. »
- « Je me rappelle que de l’adrénaline et du cortisol circulent dans le corps de mon enfant. Il a besoin d’aide. Ce n’est pas personnel. »
Quand demander de l’aide
Frapper est généralement une phase. À mesure que les enfants développent de meilleures stratégies d’adaptation, ils n’ont plus besoin de recourir aux coups pour exprimer leurs sentiments. Cependant, un soutien supplémentaire est parfois nécessaire.
Consultez votre pédiatre ou un thérapeute pour enfants si:
- Votre enfant donne quotidiennement des coups et que cette habitude s’intensifie.
- Il semble inconscient ou indifférent à la souffrance qu’il inflige aux autres.
- Son agressivité lui porte réellement préjudice, à lui comme à autrui.
Demander de l’aide n’est pas une réaction excessive, c’est une prise de position.
En tant qu’adulte dans une situation émotionnelle tendue, votre comportement enseigne à votre enfant maintes compétences précieuses. S’il vous voit préserver votre calme, utiliser des stratégies apaisantes et résoudre des problèmes dans des moments difficiles, il apprendra à faire de même.
Si vous établissez des repères lors de moments difficiles, votre enfant apprendra qu’il ne sera pas abandonné s’il se sent dépassé, que frapper n’est pas une stratégie utile et qu’il peut communiquer ses besoins à ses parents, des sources de confiance.
La version originale (en anglais) de cet article a été traduite par l’équipe de Châtelaine en décembre 2025.
Êtes-vous extra?
Votre dose de mode, beauté et déco par courriel.
