Ma parole!

Les enfants et le sexe sur internet : comment en parler?

Comment expliquer à sa fille de 9 ans que les images sexuelles qu’elle a vues sur internet ne sont pas la réalité? Geneviève Pettersen raconte comment elle a fait.

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Avez-vous déjà tapé «sexe» dans le moteur de recherche de Google? Encore mieux, avez-vous déjà tapé «sexe» dans Google Images ? Ma fille de 9 ans a fait cette expérience la semaine dernière sur mon iPad. Jusque-là, rien à signaler. Elle a atteint l’âge où l’on commence à se poser des questions, l’âge auquel on a envie de savoir ce que c’est exactement, le sexe.

Ma fille a tapé «sexe» dans Google Images, donc, et elle en a eu pour son argent. Elle a vu : des beautés siliconées grandes ouvertes qui se faisaient sodomiser à qui mieux mieux, un groupe de quinquagénaires masqués attendant leur tour pour passer sur une brunette à peine majeure, une blonde menue avec des pénis plein les mains et le visage dégoulinant de sperme. Je m’arrête là.

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J’ai été chanceuse dans ma malchance. Toute de suite, ma grande est venue me dire qu’elle avait vu des choses dégueulasses sur internet. La première chose que je me suis demandée, c’est : «Pourquoi y avait pas le contrôle parental sur cette maudite machine-là?» Il y en a pourtant sur tous les dispositifs reliés au web dans la maison. J’avais dû les retirer pour avoir accès à des sites que ces réglages bloquent. J’avais sûrement oublié de les réactiver et le résultat était là. Je me suis consolée en me disant que le contrôle parental ne peut pas toujours se substituer à la discussion avec un parent. Pas plus que la porno ne peut se substituer à l’enseignement de l’éducation sexuelle que nos écoles abandonnent au fur et à mesure qu’on coupe dans leurs budgets.

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Photo: iStock

J’ai été élevée par des parents qui pensaient que les filles n’avaient pas besoin d’entendre parler de sexe avant d’avoir 18 ans. Les bonnes sœurs qui m’ont enseigné étaient incapables de prononcer le mot « menstruation » sans faire un signe de croix. En fait, elles ne disaient jamais « menstruel », elles disaient « être indisposée ». Mais passons. Tout ça pour dire que c’est dur pour moi d’expliquer à une fillette de 9 ans que la sodomie, les gangbang et le cum shot ne constituent pas l’ensemble ni l’essentiel des pratiques sexuelles sans sonner comme la sainte nitouche en personne. J’avoue que j’ai patiné pas mal.

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Ma fille aime beaucoup cuisiner avec moi, donc j’ai fait une sorte de comparaison avec la nourriture. Je lui ai dit qu’en matière de sexualité comme avec la bouffe, tous les goûts sont dans la nature, mais qu’il y a un apprentissage à faire. Il faut développer cependant ses goûts pour soi-même, inutile donc, de consulter un menu complet de 62 pages quand on a 9 ans. Surtout quand le maudit menu est composé les trois quarts du temps pour plaire davantage aux garçons qu’aux filles. Je lui ai dit qu’à 9 ans, on a le droit de préférer les grilled cheese et les pâtes. Que l’on n’est pas obligés de regarder les grands qui mangent des huîtres, du boudin, des rognons de veau ou de la tripe de porc. J’aime même ajouter que plus tard, on peut aussi décider de ne pas manger de viande ou de ne pas consommer de produits laitiers. Bref, qu’on est libre de nos choix alimentaires comme de nos pratiques sexuelles.

J’ai bien vu dans son regard qu’elle ne comprenait rien à ce que je disais. Moi non plus, remarquez bien. J’étais à moitié perdue dans ma métaphore. Je lui ai dit que les images qu’elle avait vues étaient l’équivalent des photos retouchées dans les magazines, qu’elles montraient une réalité augmentée bien loin de celle vécue dans la plupart des chambres à coucher. Elle a eu l’air de comprendre. Je lui ai dit surtout qu’il était sans doute mieux de me poser ses questions sur le sexe plutôt que de demander à l’ordinateur. Je ne suis peut-être pas la meilleure pour parler de ça, mais je reste meilleure que Google Images.

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J’avoue avoir quand même éprouvé un sentiment d’échec. Rien de ce que je pouvais dire ne pourrait effacer de ses petites rétines les images qu’elle avait vues. Mais au moins, la table était mise : elle sait maintenant qu’elle peut venir me parler de ces choses-là. Et un jour, je trouverai bien les mots pour lui expliquer que la sexualité peut offrir aux femmes d’autres rôles que celui d’objet de désir. En attendant, le contrôle parental va faire la job.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)