Les 5 meilleurs romans québécois de l'automne 2025

Je n'ai personne à qui dire que j'ai peur, de Véronique Marcotte
Le huitième roman de la Québécoise Véronique Marcotte est en partie inspiré par l’histoire de Gisèle Pelicot. Ce livre sur l’apaisement de la colère et sur le rétablissement est notre Choix Châtelaine de l'automne.

La robe en feu, de Gabrielle Filteau-Chiba
Gabrielle Filteau-Chiba est une autrice qui écrit la forêt. Sa poésie comme ses romans tentent d’insuffler au lecteur l’amour du territoire et de le sensibiliser aux préoccupations concernant une planète qui s’abîme. Dans ce passionnant recueil, qui se lit d’un trait, l’autrice décrit le passage des saisons et se rappelle les gens côtoyés au cours d’une année qu’elle a passée d’abord en France, pour une tournée de promotion littéraire, puis chez elle, en forêt. Elle évoque l’amour, la passion, la guérison, un ami qui la réconforte et, enfin, la prise de conscience des mouvements de la nature. Le livre est pénétré par le feu qui la brûle, mais aussi par celui, bien réel, qui ravage la cime des arbres, provoquant une montée d’angoisse. Avec des images très fortes sollicitant nos sens, la poétesse nous invite à chérir la forêt, à l’embrasser même, et surtout à l’observer, pour calmer l’écoanxiété grandissante. La robe en feu est également une invitation à occuper le territoire qui nous entoure, à le reconnaître et à en apprécier la régénérescence, pour nous réconcilier avec la nature et, ainsi, la sauver d’un carnage.
XYZ, 152 pages.

Il faut beaucoup aimer les femmes qui pleurent, de Martine Delvaux
Dans les cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage (2012), écrit dans la tristesse après une rupture difficile avec un homme, Martine Delvaux racontait une passion aussi vite éteinte qu’elle s’était éveillée. Treize ans plus tard, elle l’assume: c’est avec une femme qu’elle a vécu cette passion, et elle raconte une histoire bien différente de la première. Alors que les personnes queers voient leurs droits menacés de nouveau, Martine Delvaux replonge avec lucidité dans une histoire de magnétisme, d’envoûtement et de mensonge. Témoins d’un amour qui vire à l’obsession, ses camarades dénoncent l’emprise, mais pour la principale intéressée, cette relation sera le déclencheur d’un féminisme encore plus revendicateur.
Il ne s’agit pas ici d’une réécriture, mais plutôt d’une démonstration: avec le temps, toute douleur s’apaise. Le texte, chargé, rappelle que les pervers narcissiques ont plusieurs visages, et offre une définition de l’amour et de la dépendance pour permettre la réconciliation avec soi.
L’œuvre de Martine Delvaux fourmille de références et de citations qui donnent envie d’en apprendre plus, car lire cette féministe convaincue, c’est avoir accès à un savoir et à une profondeur émotionnelle hors du commun.
Héliotrope, 156 pages.

Eka ashate: ne flanche pas, de Naomi Fontaine
Dans la réserve de Maliotenam, près de Sept-Îles, une communauté innue vit isolée. Grâce aux souvenirs de ses aînés, Naomi Fontaine met en scène certains des personnages plus grands que nature de ce village. Elle relate l’histoire de sa mère, élevée dans un pensionnat, parlant la langue de la forêt et vivant dans la croyance que les Blancs sont supérieurs et plus libres. Elle quittera la réserve et élèvera sa famille en ville, faisant preuve d’une résilience peu commune. Des histoires de filiation et de résistance se tissent dans la vie de Naomi, alors qu’on la suit partant à la chasse avec le père de son ami d’enfance Bass, en assistant à la prise de conscience politique de sa grand-mère, et riant avec ses tantes pendant qu’elles coupent la moelle des os pour en faire de la graisse de caribou. La jeune fille observe les femmes qui l’entourent et qui se construisent tout au long du récit.
Dans un style sobre et engagé, la romancière décrit la beauté des relations qui se tissent au fil du temps, mais aussi la misère d’une communauté brisée par les épreuves du passé. Le récit regorge de moments cocasses et tendres à la fois. À travers de petits instantanés, Naomi Fontaine rend, avec brio et empathie, un hommage essentiel à la résistance et à la force innue.
Mémoire d’encrier, 194 pages.

Tout cela m’appartient, de Virginie Chaloux-Gendron
Virginie vit de la violence conjugale. Elle le sait, elle l’écrit, elle le dénonce, mais elle ne parvient pas à saisir pourquoi elle accepte de vivre cette souffrance. Pourquoi son amour est-il si tenace? Pourquoi retourne-t-elle sans cesse vers cet homme, bien qu’elle ait porté plainte contre lui? Prise dans un dédale bureaucratique kafkaïen, comme tant de survivantes, elle tente de démêler les fils de sa vie. Elle écrit pour se vider le cœur; elle dresse la liste des agressions qu’elle a subies, cite les propos culpabilisants qu’elle ressasse après chaque rencontre avec le père de son enfant, évoque les objets, nouveaux et anciens, qui la suivent d’appartement en appartement. Avec pudeur, elle rapporte ses entretiens avec les multiples enquêteurs et procureurs auxquels elle a dû faire face jusqu’à l’inéluctable procès.
Économisant ses mots, comme pour étouffer la douleur, Virginie Chaloux-Gendron énumère avec retenue les blessures ressenties dans une relation remplie de paradoxes, marquée à la fois par l’amour et la colère. Son écriture fragmentée sert le propos du livre. On accompagne l’autrice tandis qu’elle se laisse éblouir petit à petit par le sentiment amoureux, et on plane un moment avec elle, avant d’assister à l’inévitable chute, brutale, mais révélatrice et peut-être même salvatrice. Car au-delà de la passion, il existe une zone, un peu plus tranquille, où l’amour de soi devient plus important que l’amour d’une autre personne.
Boréal, 186 pages.
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