Gastronomie

Chefs ou artistes?

Chef’s Table est le nouveau documentaire sur la cuisine (disponible sur Netflix) dont tout le monde parle. Voici pourquoi.

Chefs table 800

Des accidents bêtes, il en arrive dans les meilleurs restaurants. Ce soir-là, c’est tombé sur Takahiko Kondo, chef pâtissier à l’Osteria Francescana (trois étoiles au Guide Michelin) à Modène, en Italie : juste au moment du service, il a échappé une tarte au citron sur le comptoir. « J’étais prêt à me faire harakiri », raconte-t-il dans le documentaire Chef’s Table, encore désolé. Sauf que son chef, Massimo Bottura, a vu la chose d’un autre œil. « Je lui ai dit d’arrêter de s’en faire et de regarder ce que je voyais », se rappelle cet Italien nerveux aux cheveux poivre et sel en formant un cadre avec ses pouces et ses index. Et ce qu’il voyait, c’était quelque chose qui ressemblait à un tableau abstrait. C’est ainsi que la tarte Oops! I Dropped The Lemon Tart est née. Un hommage à l’imperfection et un pied de nez à la tradition, sous la forme d’un inoffensif dessert écrapouti.

Les anecdotes comme celle-là abondent dans la série documentaire de David Gelb, également réalisateur de Jiro Dreams of Sushi. Six chefs, six univers, six endroits à l’opposé géographique les uns des autres. Et un fil conducteur : le souci de montrer la démarche créative et l’univers intime de chacun des restaurateurs. « Chaque épisode est un film en soi sur un chef qui innove et qui ne choisit pas le chemin le plus facile, a confié David Gelb au magazine Bon Appétit (disponible sur Next Issue). C’est à propos de gens qui osent persévérer, peu importe l’avis des critiques, jusqu’à ce qu’ils trouvent leur public. Je crois que c’est inspirant pour tous ceux qui cherchent à réaliser quelque chose sur le plan créatif. »

C’est ainsi qu’on découvre l’Argentin Francis Mallmann, poétique papi vêtu d’un poncho, d’un chapeau et de bottes de caoutchouc, farouchement opposé aux compromis en cuisine comme dans la vie. Il y a aussi l’Américain Dan Barber, pionnier du mouvement Farm To Table, travailleur acharné, control freak déclaré, et chef fortement attaché à la provenance et à la production de chacun des aliments servis à sa table. La seule femme de toute la série : Niki Nakayama, une chef japonaise qui monte ses assiettes comme si elle faisait de la broderie, tout en finesse. Grâce à elle, on découvre par la bande le machisme qui règne encore dans les cuisines traditionnelles japonaises.

Une série documentaire aussi élégante qu’intéressante, à voir tout de suite.