Cours Toutoune: entrevue avec Geneviève Gagnon

Geneviève Gagnon ne pensait jamais que ses vidéos humoristiques Cours Toutoune connaîtraient un tel succès. Mais avec la publication du livre Cours Toutoune – Y en n’aura pas de miracle, sa méthode fait des petits. Rencontre.

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«Un livre! Je publie un livre! Peux-tu croire ça?» L’auteure, Geneviève Gagnon, fait les yeux ronds au-dessus de son assiette de sushis.

Car c’en est un, de miracle. Il y a tout juste un an, cette gestionnaire créait, pour rigoler, la parodie d’une émission de course (Cours toujours, animée par Dominic Arpin sur MaTV). Le téléphone à bout de bras, elle s’est filmée pendant sa séance de jogging quotidien avec son chien et a mis la vidéo en ligne sous le titre Cours Toutoune.

Moins d’un an plus tard, Cours Toutoune est devenu un véritable phénomène: près de 55 000 abonnés sur Facebook (certains habitent la Nouvelle-Zélande!), une ligne de vêtements, une bouteille (qui s’appelle Bouédlo), trois clubs de course dans autant de villes. À la demande générale, Geneviève Gagnon a même commencé à donner des conférences (Les jasettes à Toutoune). Le livre, lui, sort en librairie ces jours-ci. Et Cours Toutoune est aujourd’hui davantage suivi que Cours toujours

Geneviève Gagnon est une femme comme des milliers d’autres. Un boulot de gestionnaire dans un cabinet d’assurances, un condo en Montérégie où elle vit seule avec son chien depuis que son grand fils est parti étudier au loin. Elle a, c’est elle qui le dit, «quelques livres en trop et des bras un peu mous». Mais elle a aussi du front tout le tour de la tête, une bonne humeur contagieuse, aucun complexe et la langue pas dans sa poche.

Crédit photo: Gilbert Fortier

Qui est Toutoune?

Bien sûr, c’était pour parodier Cours toujours. Mais, au départ, la toutoune c’était moi. C’est devenu une communauté. Des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux qui ont envie de sortir, de bouger. Sans grands objectifs, sans règlements, sans complexes et sans culpabilité. Le terme «toutoune» n’a plus rien à voir avec le poids, le sexe ou l’apparence. C’est un mot d’amour pour tous ceux qui veulent se mettre en forme.

C’est quoi le message?

Le gros bon sens. Tu veux te mettre en forme? Arrête de dépenser ton argent dans des abonnements ou des équipements. Mange bien, bois de l’eau, achète-toi une bonne paire de runnings et sors dehors! Commence doucement, à ton rythme. Tu vas voir comme tu peux aller loin…

À LIRE: Un extrait de Cours Toutoune

Des médecins, des entraîneurs, des vedettes… plein de gens s’époumonent à dire la même chose. Toi, tu arrives de nulle part et tu casses la baraque. Pourquoi?

Je ne sais pas! Toutoune ne se prend pas au sérieux. Elle parle joual, rit d’elle-même, dédramatise tout. Elle n’a pas l’air d’un mannequin ou d’une championne de crossfit. Si elle est capable, toi aussi, tu l’es. Elle est brutalement honnête et n’accepte pas les excuses. Son franc-parler est sa marque de commerce: «Comme ça, t’as pas le temps de faire de l’exercice 30 minutes trois fois par semaine? T’es qui, toi? Barack? » ou «T’as perdu ta motivation? Sous le divan? Dans le fond de ta sacoche?» J’ai fait une capsule l’été dernier sur le thème des camisoles et des bras mous. Des femmes m’ont écrit de Suisse pour me dire que je les avais incitées à sortir en camisole pour la première fois de leur vie!

On associe course, exercice et perte de poids. Toi, tu n’es pas là…

Mais non. Sûr que ça fait plaisir de magasiner du 12 ans plutôt que le 16 ans que je portais avant. Mais je ne cours pas pour ça. Je veux être en santé. Ne pas être essoufflée dans mon micro.

CoursToutoune.Couverture
Crédit photo: Yohann Morin

C’est vrai, tu es aussi humoriste. Tu as même déjà quitté un emploi pour te lancer. Trois ans plus tard, tu as choisi de redevenir gestionnaire…

L’humour, c’est ma passion. Je fais des spectacles dans le cadre d’événements et de festivals. Mais je ne veux pas vivre l’insécurité financière que ça comporte. Et mon travail de gestionnaire nourrit quelque chose d’important chez moi. La course, l’exercice, c’est un plaisir, un loisir. Cours Toutoune est arrivé par hasard. De fil en aiguille, ça grossit plus que ce que j’imaginais.

Au point de devenir un métier, une carrière?

Ce n’est pas du tout dans mes plans. L’idée n’est pas de faire de l’argent. Beaucoup de gens veulent s’associer à la visibilité de Cours Toutoune, mais j’aurais l’air de quoi si je faisais mes capsules vidéo avec des logos de commanditaires sur mon chandail? Moi, mon chien, mon cellulaire et une image imparfaite, c’est une formule qui marche, je ne la change pas. Il paraît que j’aide du monde à se prendre en main. Je ne veux pas perdre ça.

Il existe pourtant des vêtements, des clubs de course, des conférences?

J’ai créé un club dans mon coin, à Marieville. On fait de la marche et de la course. Puis des personnes m’ont demandé la permission d’en fonder dans leur ville (un à Joliette, un à Chambly). Mes seules conditions: que tout soit gratuit, ouvert à tous, hommes, femmes et chiens! Quant aux vêtements, ce sont des gens qui m’ont dit qu’ils aimeraient un chandail Cours Toutoune. Je n’avais aucune idée de la façon dont on s’y prend. C’est Pierre Lavoie qui m’a parlé de l’entreprise qui fabrique ses produits dérivés. Je fais maintenant faire des chandails, une camisole, une casquette, un manteau qui sont vendus en ligne. Je ne m’achèterai pas de condo dans les Antilles avec ça… Quant aux conférences, j’ai souvent refusé. Puis j’ai décidé d’essayer. Pas avec des PowerPoint et des trucs comme ça. J’arrive avec ma bouteille d’eau, et on placote. J’appelle ça «Les jasettes à Toutoune».

Tu ne dis pas ton âge. C’est de la coquetterie?

Non, personnellement, je m’en fiche. Mais Toutoune n’a pas d’âge parce que ce n’est pas important. Je ne veux pas qu’on se serve de l’âge comme excuse. «J’ai 15 ans de plus qu’elle, je suis trop vieille.» «J’ai de jeunes enfants, je n’ai pas le temps.»

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