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Société

Comment j’ai réussi à empêcher les gens de commenter mon poids

Au fil des ans, j’ai appris que, lorsque je ne me respecte pas, je me fais du mal. J’ai donc cherché – et trouvé! – une manière respectueuse de faire comprendre à mon entourage que je ne veux pas que quiconque parle de mon corps, en bien ou en mal.
Par Sandra Elia
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Comment j’ai réussi à empêcher les gens de commenter mon poids

Photo: iStock

J’avais neuf ans la première fois que quelqu’un m’a traitée de grosse.

À l’époque, je n’étais pas proche de mon père. Un jour, dans le jardin, il m’a prise à part et m’a chuchoté quelque chose à l’oreille. J’ai pensé : «Il me comprend enfin. Il veut se rapprocher de moi.» Il m’a plutôt dit : «Tu deviens grosse.»

Je n’avais jamais prêté attention à mon corps. Je ne savais pas ce que voulait dire être gros. Je me souviens m’être regardée dans le miroir et m’être dit : «Oh, d’accord. Je suis grosse.» Tout à coup, ce que je voyais dans le reflet du miroir a changé.

Puis, quand j’avais 11 ou 12 ans, j’ai traversé une période difficile : les aînés de la famille avaient quitté la maison et j’étais seule avec mes parents. Il y avait de la violence sous notre toit. En l’espace d’un été, j’ai pris 20 ou 30 livres. Un jour, une proche est venue nous rendre visite. Je passais la plupart de mon temps seule dans ma chambre et j’étais très déprimée. Je suis descendue et elle m’a dit : «Que t’est-il arrivé? Je n’en reviens pas que tu aies pris autant de poids.» Je me suis retournée et je suis remontée directement dans ma chambre. Je me sentais complètement abattue. Elle savait ce qui se passait chez moi et sa seule préoccupation était que j’avais pris du poids. Ce commentaire m’a vraiment marquée.

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J’avais environ 14 ans lorsque j’ai fait mon premier régime. Je ne me suis pas compliqué la vie : j’ai simplement essayé de ne plus manger du tout. À la fin de mon adolescence, je me suis inscrite dans une clinique d’amaigrissement au centre commercial. Les employés m’ont donné un programme alimentaire à suivre et m’ont posé des électrodes sur le ventre, ce qui, selon eux, allait me donner des abdos dignes d’une tablette de chocolat. Au fond de moi, je savais que cela ne marcherait pas, mais j’ai quand même fini par dépenser une somme astronomique pour acheter ma propre machine à utiliser à la maison.

J’ai fini par suivre des régimes qui m’ont rendu corpulente, et à 20 ans, j’étais considérée comme une obèse sévère. J’aimerais pouvoir dire que mon poids et mon alimentation étaient mes seuls problèmes. Mais j’étais accro à la nourriture et, comme la plupart des dépendances, cela a détruit tous les aspects de ma vie. Mon mariage battait de l’aile, j’étais dans une relation de codépendance avec ma mère – qui souffrait également d’obésité et de troubles bipolaires –, ma santé mentale était au plus bas et j’étais en arrêt de travail prolongé. Ce n’est qu’une fois avoir reconnu que mon rapport à la nourriture et à mon poids relevait d’une forme de dépendance que j’ai réussi à perdre 100 livres en un an et demi. (J’ai d’abord trouvé la guérison auprès des Outremangeurs anonymes, un organisme qui propose un programme en 12 étapes qui a fonctionné pour moi, mais qui, je le reconnais, ne convient pas à tout le monde. C’est la raison pour laquelle je suis devenue conseillère certifiée en dépendance alimentaire et que j’ai créé mon propre programme, basé sur l’amour de soi et l’acceptation de soi).

Ma perte de poids a également suscité des commentaires sur mon corps. Lorsque je rencontrais des personnes que je n’avais pas vues depuis longtemps, leur première question était toujours : «Combien de poids as-tu perdu?» J’étais gênée de leur répondre, car une partie de moi pensait avoir bien caché mon poids.

L’obésité est une maladie chronique et récidivante. Mes rechutes sont souvent liées à des événements stressants. Une fois, lorsqu’un être cher a reçu un diagnostic médical inquiétant, j’ai pris 20 livres. À cette époque, je suis allée à une fête avec une proche. Sur le chemin du retour, elle m’a dit que je ferais mieux de contrôler ma prise de poids. À ce moment-là, j’avais appris que je devais me respecter dans ce genre de situation. J’ai été très claire avec elle et je lui ai dit: «Je suis accro à la nourriture et j’ai des troubles alimentaires. Et quand tu dis ça, ça ne m’aide pas. En fait, ça me blesse beaucoup.»

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Je n’avais pas prévu cette remarque, donc mon ton était probablement un peu sec. Maintenant, je dis à mes clients de s’entraîner à maintes reprises à formuler ce qu’ils comptent répondre la prochaine fois. Je leur enseigne à calibrer leur ton et leur façon d’exprimer leurs émotions. Je préfère parler de manière calme. Au lieu de dire : «Tu n’as aucune idée de ce que ça me fait», je préfère dire quelque chose comme : «Tu ne comprends probablement pas que quand quelqu’un souffre d’un trouble alimentaire et que tu fais un commentaire sur son poids, cela a un effet néfaste sur lui». Si cela dérange la personne ou la rend mal à l’aise, je sais que ce n’est pas mon fardeau. J’assume ce que je ressens, et elle est en droit d’avoir ses propres réactions.

Pour mettre fin aux commentaires sur le poids, j’aime aussi utiliser la technique du disque qui saute (ou la technique du disque rayé), car vous n’avez pas à vous soucier de formuler une phrase parfaite. Répétez la même phrase concise et ne changez pas de réponse, sinon vous ouvrirez la porte à d’autres commentaires.

Voici comment cela fonctionne:

 «Oh mon Dieu, Sandra, tu es superbe. Tu as perdu 20 livres?»

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«Je ne veux pas parler de mon poids.»

«Voyons, je te dis que je te trouve en forme. Ça t’est égal?»

«Je ne veux pas parler de mon poids.»

«Oh mon Dieu, tu es tellement susceptible. Je ne peux plus rien dire.»

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«Je ne veux pas parler de mon poids.»

Il faut généralement trois répétitions pour que l’autre personne arrête. Si vous en êtes à cinq, vous avez peut-être affaire à une personne vraiment toxique. Mais j’ai appris au fil des ans que, si je ne me respecte pas, je me fais du mal.


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La version originale (en anglais) de cet article a été publiée sur chatelaine.com. Elle a été traduite et adaptée par l’équipe de Châtelaine en juillet 2025.

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