Ronde, et alors?

Oprah ou la preuve que les régimes ne fonctionnent pas vraiment

Les régimes font miroiter des pertes de poids souvent irréalistes et lorsqu’une vedette comme Oprah devient l’égérie de Weight Watchers, c’est tout l’équilibre de Joanie Pietracupa si se trouve ébranlé.

Joanie-bandeau

J’ai toujours aimé Oprah Winfrey. Pas autant que certains de ses fans qui lui vouent un véritable culte, mais plutôt comme une fille qui a grandi en regardant son talk-show presque tous les après-midi en rentrant de l’école. Je me suis mise à l’écouter parce que c’était la seule émission digne d’intérêt (à mon humble avis de jeune ado) à la télé aux alentours de 16 h, après mes devoirs et avant le souper.

Au départ, je n’en avais que pour ses entrevues avec les célébrités. Elle savait les mettre à l’aise en moins de deux, posait les bonnes questions et donnait toujours l’impression d’être devenue leur meilleure amie en 60 minutes top chrono. Le rêve! Puis, lentement mais sûrement, je me suis attachée à son histoire, à son discours, à sa générosité, à son succès. À son rire rauque, à ses cheveux gonflés à bloc et à ses tenues pas possibles, aussi. (Ça vaut d’ailleurs la peine de googler les mots « Oprah outfits 80s » quand vous filez un mauvais coton.) Mais, plus que tout, je me suis attachée à sa silhouette voluptueuse. Enfin, une femme ultra populaire – qui animait son propre talk-show et qui faisait la une de magazines influents à travers le monde – à qui je ressemblais un peu! Et qui semblait assumer son poids avec dignité et fierté. Du moins jusqu’à ce qu’elle plonge tête première dans l’enfer des régimes alimentaires.

Photo: La Presse Canadienne

Photo: La Presse Canadienne

Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois… J’ai vite arrêté de compter les occasions où Oprah s’est mise au régime. Au début, j’étais tellement excitée pour elle que j’en devenais fébrile. C’était absolument ridicule. Je suivais ses énormes pertes de poids de près, comme une groupie finie. Non seulement parce que je lui souhaitais du succès, mais aussi parce que si elle réussissait, ça voudrait dire que je pouvais y arriver aussi. (On va mettre de côté le fait que j’oubliais qu’Oprah était entourée des meilleurs entraîneurs, nutritionnistes, chefs et coachs du pays, m’enfin.) Faut dire qu’elle en a perdu, des livres! Souvent jusqu’à 70 ou 80 à la fois. Et ça fondait comme neige au soleil, en quelques mois à peine. Tout ce temps-là, mon espoir grimpait en flèche. J’avais la preuve vivante que les régimes, ça marche. Puis, ce qui devait arriver arriva. Elle reprenait doucement tout le poids perdu, et parfois même un peu plus. Comme près de 95 % des gens qui s’adonnent à des régimes amaigrissants, crient haut et fort de nombreuses études scientifiques.

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Faut dire que j’ai fait pareil qu’elle. Essayer les nouvelles diètes à la mode. Vouloir perdre mon embonpoint, là, tout de suite. Jouer au yo-yo avec ma taille. Mince, ronde, mince, ronde. Mettre ma santé en péril, dans le seul but d’éradiquer mes kilos en trop rapido presto. Dur de ne pas être séduite par l’appât de l’immédiat, par l’attrait de la facilité. Mais j’ai vite compris qu’un corps parfait, ça n’existait pas. Et que pour une foule de raisons, je n’aurais probablement jamais un corps parfait, non plus. J’ai aussi rapidement saisi que si je voulais me garder en santé et au meilleur de ma forme, je devais changer mon alimentation et commencer à bouger. Rien de drastique. Rien d’excessif. Une alimentation saine où je me permets d’engloutir des petites gâteries ou cochonneries, de temps à autre, et une vie active où je marche, coure et joue le plus souvent possible, sans me déchaîner au gym pendant trois heures d’affilée. Je pensais que la plupart des gens avaient compris ça. Que les licornes n’existaient malheureusement pas, même – et surtout – dans l’univers des régimes alimentaires.

C’est pourquoi j’ai été un peu surprise d’apprendre qu’Oprah Winfrey avait acheté 10 % des parts de Weight Watchers, en octobre dernier. Elle avait aussi la ferme intention de jouer le rôle de la prochaine égérie pour le géant des régimes amaigrissants. La diffusion de la première publicité mettant en vedette la reine des talk-shows, où elle annonce fièrement avoir perdu près de 26 livres grâce à l’entreprise, a eu lieu lundi dernier et – tenez-vous bien – le titre Weight Watchers International (WTW : NYSE) a gagné 21 % mardi après-midi à la bourse.

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Comprenez-moi bien: je suis contente pour elle. Ça fait toujours plaisir à entendre, ces histoires inspirantes d’individus qui décident de reprendre leur poids en main. Reste que je suis un peu perplexe face à la décision d’Oprah d’adopter un nouveau régime, pour ce qui me semble être la millième fois. Un projet lucratif, sans plus? La preuve ultime qu’elle croit encore aux diètes miracles? Quoi qu’il en soit, je lui souhaite toujours autant de succès après tout ce temps – ainsi qu’à tous ses fans et les autres qui s’abonneront à Weight Watchers pour suivre ses traces –, l’excitation et la fébrilité en moins. Je vais garder cette énergie-là pour continuer à me motiver à manger sainement et à être active, tiens. Et à espérer en cachette qu’Oprah me donnera tort et me prouvera que les licornes existent vraiment.

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