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Santé

Moniteurs de sommeil: dormir sous surveillance, bonne ou mauvaise idée?

Bague connectée, montre intelligente, bracelets: que valent réellement les outils d'analyse de sommeil pour mieux récupérer et vaincre la fatigue? Notre journaliste a testé trois moniteurs connectés pendant un mois pour décrypter les promesses et limites de cette technologie.
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Moniteurs de sommeil: dormir sous surveillance, bonne ou mauvaise idée?

Une montre à mon poignet gauche, un bracelet sur le bras droit, une bague à l’index. Pendant un mois, j’ai confié mon sommeil à trois moniteurs connectés à la fois à mon corps et à mon téléphone. L’exercice devait m’aider à mieux comprendre ma façon de dormir. Car c’est ce que promettent ces bidules : mieux connaître son sommeil pour mieux récupérer.

J’ai donc testé l’Apple Watch, le bracelet Whoop et la bague Oura, trois appareils qui prétendent mesurer la durée et la qualité du sommeil. Chaque matin, à peine avais-je préparé mon café que je m’empressais de consulter mon score : 72, 90, 84. Plus il était élevé, mieux j’avais dormi. Mon anxiété de performance allait-elle me suivre jusque dans mon sommeil?

Trois appareils et ma vérité

Un mois durant, donc, mes nuits ont été suivies de près, analysées, notées. Ma fréquence cardiaque, mon taux d’oxygénation, mes heures de sommeil, entre autres, étaient ainsi comptabilisés. Très vite, au cours de cette expérience, j’ai réalisé que je modifiais mes comportements.

Me coucher quand ma montre me le demandait. Refuser un verre de vin. Quitter un souper un peu plus tôt. Pour mieux dormir, oui… mais aussi pour me réveiller avec un score d’au moins 85, qui me satisferait.

Une première information enregistrée par ma Apple Watch m’a fait sourciller : la durée de mon sommeil profond. Seulement 33 minutes, m’a-t-elle notifié un matin. Inquiète, j’ai cherché sur internet la durée normale du sommeil profond chez l’adulte… C’est le triple, voire le quadruple, de ma moyenne. J’ai été gagnée par la panique.

Mais en consultant les données colligées par les deux autres appareils pour la même nuit, j’ai été rassurée. Ils avaient enregistré deux heures de sommeil profond, ce qui est dans la norme.

J’ai ainsi observé d’importantes variations entre les données fournies par mes trois moniteurs, alors qu’ils auraient théoriquement dû mesurer la même chose lors d’une même nuit.

Je me suis mise à douter : les données enregistrées par ces objets étaient-elles fiables?

Ce que les chiffres ne disent pas

Au fond, que mesurent réellement ces moniteurs?

En clinique du sommeil, les moniteurs comme ceux que j’ai testés ne sont pas utilisés. On réalise plutôt une polysomnographie, c’est-à-dire un examen qui mesure notamment le tonus musculaire et l’activité cérébrale. Cette dernière « permet réellement de savoir si la personne est endormie ou pas », explique le psychologue Louis-Philippe Marquis de la Clinique universitaire du sommeil, de l’Université de Montréal.

Les moniteurs, de leur côté, s’appuient seulement sur les mouvements du corps et la fréquence cardiaque. Des indicateurs utiles — ils sont aussi utilisés par la poly-somnographie —, mais imparfaits, puisqu’ils peuvent confondre différentes phases de sommeil et en surestimer ou sous-estimer la durée.

Même en supposant que les données fournies par les moniteurs sont fiables, encore faut-il être capable de les interpréter. Savoir que je manque de sommeil ne m’a pas aidée à mieux dormir. Ce sont des stratégies éprouvées qui pourraient me garantir de meilleures nuits : « surveiller ma consommation de café et d’alcool, avoir une chambre confortable, pratiquer des activités sportives, éviter la lumière bleue (émise par les écrans des téléphones et des tablettes, par exemple) une heure avant d’aller au lit et adopter un horaire stable qui me convient », m’indique le psychologue.

Quand le sommeil devient un score

À quoi bon continuer de porter ces appareils s’ils ne peuvent rien faire pour m’aider? C’est en réfléchissant à cette question que j’ai fait ce constat : j’en étais venue à aimer me réveiller avec un chiffre qui me situait sur une échelle de performance. Je n’étais pas nécessairement plus fatiguée qu’avant, mais j’étais certainement plus consciente de l’être.

Or, mes scores n’allaient pas en s’améliorant, au contraire. Comme si cette vigilance me causait une anxiété, qui se traduisait ensuite par un moins bon sommeil. « Si on y est déjà susceptible, il est probable que ces appareils amplifient l’anxiété », avance Louis-Philippe Marquis, en précisant qu’il existe toutefois peu de recherches sur le sujet.

À force de vouloir optimiser mes nuits, j’avais peut-être commencé à les compliquer.

Des données pas si intimes

Assez rapidement, une autre préoccupation est apparue : qu’advient-il de mes données? Tous les fabricants des appareils que j’ai testés affirment qu’ils ne les revendent pas à des tiers. Mais si je me fie à l’expert en cybersécurité Jean-Philippe Décarie-Mathieu, j’ai des raisons d’en douter.

« Pour les entreprises qui collectent des données, elles sont une mine d’or », explique-t-il. Les données générées peuvent être analysées, revendues et intégrées à des systèmes publicitaires, voire faire l’objet d’une fuite, ce qui offre un point d’entrée supplémentaire pour un potentiel fraudeur. « Ça ne prend pas beaucoup de données sur quelqu’un pour monter un profil complet de la personne. Plus un fraudeur en accumule, plus il est capable d’obtenir une carte de crédit en votre nom, par exemple. On est à l’âge d’or du vol d’identité. »

Ce ne sont pourtant pas des informations spectaculaires. L’idée qu’un inconnu sache que mon rythme cardiaque est de 55 battements par minute durant la nuit ne m’effraie pas, mais le concept général me dérange. Après tout, dans un scénario dystopique, qui sait si ces données ne pourraient pas influencer certains aspects de notre vie? Nos primes d’assurance, par exemple. « La tarification dynamique pourrait se baser sur les données de télémétrie fournies par ces appareils », souligne notre expert.

Mesurer, oui, mais à quel prix?

Alors, que gagne-t-on à analyser son sommeil? Dans mon cas, une certaine prise de conscience. Les moniteurs m’ont permis de constater des tendances, de remarquer des variations et d’être plus attentive à mes habitudes, comme mon heure de coucher et ma relation aux écrans avant d’aller dormir.

Mais si ma Apple Watch, mon bracelet Whoop et ma bague Oura sont désormais bien rangés dans un tiroir, c’est qu’ils m’ont aussi éloignée de quelque chose de plus instinctif : ma capacité à ressentir.

D’après Louis-Philippe Marquis, l’auto-observation et la tenue d’un journal de sommeil permettent d’arriver sensiblement aux mêmes conclusions, sans se déconnecter de son corps pour — ironiquement — se connecter à un appareil.

Après tout, le sommeil est un espace profondément intime. Un territoire qui, jusqu’à récemment, échappait à toute forme de mesure ou de marchandisation. Aujourd’hui, même cette zone commence à être exploitée.

Et c’est peut-être là que se situe le véritable enjeu…

Les appareils testés

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Apple - Montre Watch Series 11, à partir de 549$

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Oura - Anneau Oura Ring 4, à partir de 469$ + abonnement annuel ou mensuel

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Whoop - Bracelet Whoop, à partir de 259$ par année

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Constance Cazzaniga collabore au magazine Châtelaine depuis l'été 2024. Vous avez pu lire cette ancienne journaliste pigiste dans différents magazines québécois et dans les cahiers spéciaux du Devoir, notamment. Anciennement cheffe de la section culturelle au journal Métro, elle se spécialise en culture, société et art de vivre, avec un intérêt marqué pour la mode, la beauté et la gastronomie. Vous la croiserez peut-être dans une salle de spectacle, en train de lire un essai féministe avant la levée du rideau.

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