Santé

Les questions à poser à son médecin selon son âge

Selon son âge, on se questionne sur certains bobos plus que d’autres... D’où l’importance d’un bilan de santé préventif qu’on ait 20, 40 ou 60 ans. Une bonne façon de profiter au mieux de sa prochaine visite médicale: préparer sa liste de questions.

20 ans

Quelle méthode contraceptive dois-je adopter? Dois-je m’inquiéter du cancer du col de l’utérus, dont on a davantage entendu parler ces dernières années?

Prescription du médecin

«La première visite gynécologique peut être un passage intimidant, concède la Dre Josée Parent, gynécologue à la clinique médicale Uro-Gynéco de l’Abitibi. Mais les jeunes femmes qui ont des inquiétudes ne doivent pas hésiter à aborder les sujets qui les préoccupent avec leur médecin. » Tout se discute: infections transmissibles sexuellement, contraception, cancer du col…

Infections transmissibles sexuellement (ITS) « Il y a en ce moment une recrudescence des cas de chlamydia et de syphilis au Québec. C’est préoccupant. La seule solution pour ne pas attraper ces ITS est le port du condom. Je conseille aux jeunes de l’utiliser le plus longtemps possible, tant que la relation n’est pas stable », indique la Dre Parent.

Test de Pap (ou frottis cervical) Il vise à détecter un état précancéreux du col de l’utérus ou du vagin, et est recommandé tous les deux ou trois ans. Si on n’a jamais passé ce test, le médecin pourrait nous le prescrire sur une base annuelle, pendant au moins trois ans ou tant qu’on n’a pas de partenaire sexuel stable.

Contraception « Les options sont nombreuses et le choix doit s’exercer en toute connaissance de cause. Stérilet, pilule, timbre, anneau vaginal… Chaque méthode comporte ses avantages et ses inconvénients», poursuit Josée Parent.

Par exemple, contrairement au stérilet, les anovulants provoquent un arrêt de l’ovulation. «Ce qui peut avoir de bons côtés: diminution de l’acné, de la pilosité, des symptômes du syndrome prémenstruel, explique la gynécologue. Mais cette approche peut aussi engendrer l’apparition de kystes bénins de l’ovaire et augmenter le risque de souffrir d’endométriose, une maladie gynécologique qui peut causer l’infertilité. »

En matière contraceptive, la recherche ne cesse d’évoluer. Par exemple, une étude danoise menée en 2016 auprès d’un million de femmes recevant des hormones contraceptives a mis en évidence un lien étroit entre la pilule et l’apparition de symptômes dépressifs. « Quand on prend des hormones synthétiques, on produit moins d’œstrogène naturellement. Or, on soupçonne que ce dernier joue un rôle majeur dans la régulation du stress », fait valoir Catherine Raymond, doctorante en sciences neurologiques au Centre d’études sur le stress humain de l’Université de Montréal.

Bref, seule une bonne discussion avec le médecin permet d’établir clairement quel moyen nous convient le mieux.

Grossesse

Photo:Getty Images/JamieGrill

30 ans

J’aimerais avoir un bébé devrais-je prendre des précautions particulières avant de me lancer? Et si ça ne marche pas… je fais quoi?

Prescription du médecin

Avant la grossesse « Je conseille aux femmes qui planifient une grossesse de consulter leur médecin trois mois avant l’arrêt de la contraception, question de faire un bilan prénatal », dit la Dre Josée Parent. Celui-ci comprend notamment un examen de la thyroïde ainsi qu’un examen gynécologique visant à détecter d’éventuels kystes aux ovaires. «Mieux vaut les repérer et les retirer avant que la patiente devienne enceinte», explique t-elle. Un kyste de plus de 5 cm doit en effet être enlevé chirurgicalement, et faire ce genre d’intervention pendant la grossesse n’est jamais idéal.

«Il est en outre recommandé de prendre des suppléments d’acide folique. Ces derniers contribuent au développement normal de la colonne vertébrale, du cerveau et du crâne de l’enfant à naître. Ils diminuent aussi les risques de malformation des membres», ajoute la Dre Johanne Blais, professeure au Département de médecine familiale de l’Université Laval.

Si les efforts tardent à porter leurs fruits… «Des femmes viennent parfois me voir deux ou trois ans après avoir commencé à essayer. C’est beaucoup trop long», dit la Dre Parent. Si on a moins de 35 ans et des cycles menstruels irréguliers, on se donne six mois d’essai avant de consulter. Si les cycles sont réguliers, on prend son mal en patience. Toutefois, après 35 ans, que l’on ait des cycles réguliers ou pas, il faut faire des examens au bout de six mois, estime la gynécologue, car la fertilité est alors en chute libre.

Une simple prise de sang permet de vérifier la qualité des ovules. Au moyen d’une échographie endovaginale, le médecin pourra aussi compter le nombre de follicules dans les ovaires, ces petits sacs contenant l’ovocyte libéré pendant l’ovulation et dont le nombre décroît après 35 ans. « À 40 ans, les chances de devenir enceinte diminuent, et le risque de fausses couches augmente. Il est donc important de parler de fertilité avec son médecin dès que possible », souligne la Dre Parent.

40 ans

Mes cycles menstruels sont irréguliers: ne suis-je pas un peu jeune pour ça? Et j’ai constaté quelques fuites urinaires ces derniers temps… Inquiétant?

Prescription du médecin

Habitudes de vie «On peut manger à peu près n’importe quoi à 20 ou 30 ans, rappelle la Dre Johanne Blais. À 40 ans, les conséquences d’une alimentation déficiente peuvent se répercuter sur la santé, surtout sur le plan cardiovasculaire et du risque de diabète de type 2. C’est pourquoi maintenir un poids santé est crucial.»Au besoin, le médecin peut nous diriger vers un ou une nutritionniste. Bien dormir et réduire le stress contribuent également à améliorer le bien­être. Du yoga à la course à pied, on trouve l’activité qu’on aime et on l’intègre à sa routine.

Cette période de la vie est souvent associée aux tests de dépistage : glycémie pour le diabète, bilan lipidique pour le cholestérol… Mieux vaut prévenir que guérir: discuter des bonnes ou des mauvaises habitudes de vie revêt plus d’importance que jamais.

Cycle hormonal Dans la quarantaine, un retard dans le cycle menstruel peut signifier soit une grossesse– l’importance d’une contraception adéquate demeure! –, soit le début de la périménopause, c’est-à­-dire la phase de transition hormonale qui précède l’arrêt complet des règles, vers 51 ans en moyenne, explique la Dre Blais. La périménopause dure environ de trois à cinq ans.

Qui dit fluctuations hormonales dit parfois symptômes ennuyeux, à des degrés différents selon les femmes: menstruations irrégulières, bouffées de chaleur, insomnie, irritabilité, troubles de la mémoire. Il est essentiel de décrire le plus précisément possible ses symptômes à son médecin afin qu’il puisse vérifier qu’il s’agit bien de la périménopause.

Si certaines femmes parviennent à composer avec ces désagréments sans trop d’inconvénients, d’autres voient leur vie retournée sens dessus dessous. «Si une patiente arrive dans mon bureau déprimée, qu’elle ne dort plus, qu’elle pleure en écoutant un film pour enfants, il y a de fortes chances que je lui conseille les hormones!» blague la Dre Johanne Blais.

Mais chaque femme tolère les symptômes de la périménopause à sa manière et les hormones ne sont pas la seule façon de les atténuer quand c’est vraiment insupportable. «Par exemple, faire de l’exercice régulièrement – de 30 à 40 minutes, 4 fois par semaine – diminue l’intensité et la fréquence des bouffées de chaleur. Éviter certains aliments, comme le sucre, le café ou le vin rouge, peut aussi aider », souligne la gynécologue Josée Parent.

Fuites urinaires Si elles surviennent quand on tousse, qu’on est prise d’un fou rire ou qu’on fait son jogging, il s’agit de fuites à l’effort. «Elles indiquent que le plancher pelvien doit être renforcé. On peut le muscler avec les exercices de Kegel, qui consistent à contracter le périnée tout en adoptant différentes positions, assise ou couchée sur le dos, par exemple. Mais ces exercices physiologiques ont leurs limites. Si le problème persiste, on peut aussi envisager une intervention au laser qui va épaissir la muqueuse vaginale. En plus d’être très efficace contre les fuites urinaires, cette technique aide énormément les femmes en ménopause qui ressentent des douleurs pendant les relations sexuelles », explique Josée Parent.

Et dans le cas où entendre de l’eau couler nous oblige à nous précipiter aux toilettes et nous fait littéralement nous tortiller de douleur? «Ces fuites d’urgence, dues à des spasmes de la vessie, sont très contraignantes et peuvent survenir même si on a un bon plancher pelvien, poursuit la gynécologue. Heureusement, il existe aujourd’hui plusieurs moyens de réduire les spasmes : des médicaments à prendre par voie orale, ou, si ces derniers ne suffisent plus, des injections de botox qui relaxent la vessie en bloquant les contractions involontaires. »

Femme 50 ans

Photo: Getty Images/Ascent XMedia

50 ans

Je ne me sens pas malade, mais mon corps change mes menstruations viennent de s’arrêter pour de bon et ma libido est en berne… Je pense aussi avoir pris quelques kilos. J’ai besoin de conseils!

Prescription du médecin

Activité physique «En général, on est portée à être moins active en vieillissant, alors que ça devrait être l’inverse», fait observer la Dre Johanne Blais. En effet, à partir de 50 ans, le métabolisme au repos ralentit d’environ 1% par année – autrement dit, le corps au repos dépense moins de calories. Ainsi, si on mange la même chose qu’avant et qu’on ne bouge pas, on prend du poids. Conséquence : on est plus à risque de souffrir du diabète de type 2 et de troubles cardiovasculaires.

L’exercice apporte plusieurs autres bénéfices. Par exemple, il permet d’augmenter la densité osseuse et de libérer des endorphines qui nous font nous sentir heureuse. De plus, l’activité physique développe les muscles, qui brûlent plus de calories au repos que la graisse. «Bouger est la meilleure pilule», résume la Dre Blais.

Alimentation «Au Québec, on trouve tous les nutriments indispensables dans son assiette. Les multivitamines ne sont donc pas nécessaires », dit la Dre Blais. Par contre, elle recommande aux femmes de 50ans de porter une plus grande attention à la quantité de calcium qu’elles consomment (il n’y en a pas seulement dans les produits laitiers: pensons aussi poissons gras, amandes, légumes verts…). Mais elles ne pourront sans doute pas se passer de suppléments de vitamine D pour en favoriser l’absorption, selon la médecin. C’est que cette vitamine, que le corps fabrique naturellement à condition d’être exposé au soleil, vient souvent à manquer lorsque les journées raccourcissent.

Ménopause C’est pendant la cinquantaine que la plupart des femmes traversent cette étape. Certaines le feront quasi sans noter de différence dans leur vie, hormis l’arrêt du cycle menstruel. Pour d’autres, ce sera davantage les montagnes russes hormonales et les manifestations qui en découlent: humeurs changeantes, sommeil précaire, fatigue… Les hormones sexuelles sont à leur taux plancher, ce qui engendre une baisse de la libido ainsi que de la sécheresse vaginale (les lubrifiants à base de silicone ou d’huile végétale constituent une excellente solution). Autre conséquence possible de la chute des hormones sexuelles: la baisse de moral. «La ménopause est associée à un risque de dépression chez la femme. Des études ont démontré que les femmes ménopausées qui prennent de l’œstrogène synthétique souffraient moins de ce trouble. Il s’agit donc d’un effet hormonal », souligne Catherine Raymond, du Centre d’études sur le stress humain de l’Université de Montréal. Les signes de détresse psychologique ne doivent jamais être pris à la légère, peu importe l’âge et les circonstances. Parlons à notre médecin!

60 ans et plus

Je suis en pleine forme –  à part de petits bobos mineurs dont mon médecin prend bien soin – et je veux que ça dure! Quels examens préventifs seraient les plus indiqués à mon âge? 

Prescription du médecin

Dépistage La routine des tests de dépistage déjà établie se poursuit, avec parfois quelques additions: mammographie, dépistage du cancer colorectal et évaluation de la densité osseuse (à partir de 65 ans, pour détecter l’ostéoporose). Le médecin adapte la liste à chacune de ses patientes, en fonction de son état de santé et de ses éventuels points faibles.

Côté gynécologique, fini le test de Pap (vers la mi-soixantaine). Par contre, le toucher vaginal reste d’une grande utilité, juge la Dre Josée Parent, car c’est la seule manière de dépister le cancer des ovaires, une maladie qui n’entraîne ni saignement ni douleur dans ses premiers stades.

Immunisation Notre médecin traitant pourrait accorder une grande importance au volet immunisation. Sur une base annuelle, il conseillera sans doute le vaccin contre l’influenza. Selon notre état de santé, il pourrait aussi suggérer ceux contre le zona et le pneumocoque. En effet, à partir de 60ans, les personnes souffrant d’une maladie chronique depuis plusieurs années, comme le diabète de type 2 ou une insuffisance cardiaque, sont de plus en plus fragilisées. «Vacciner, c’est faire de la prévention pour éviter qu’une simple grippe n’entraîne une hospitalisation », note le Dr Olivier Beauchet, directeur du Centre d’excellence sur la longévité de l’Université McGill.

Activité physique et sociale L’exercice physique, modéré mais régulier, est l’une des clés pour rester en santé après 60 ans. Le Dr Beauchet recommande de marcher de 20 à 30 minutes par jour, et surtout de profiter de ce moment pour socialiser. «Avec l’âge, on a tendance à réduire son cercle social, ce qui peut rapidement mener à l’isolement. En outre, la stimulation sociale est la meilleure qui soit pour prévenir le déclin intellectuel », indique-t-il. Pour maintenir son cerveau en forme, et se faire plaisir, il conseille de se fier à ses goûts et à ses aptitudes. «Les femmes qui ont arrêté de travailler peuvent par exemple s’investir dans des associations pour partager leurs connaissances. Une personne qui apprécie beaucoup l’art peut devenir guide bénévole dans un musée… Tout dépend de ce qu’on aime faire. Le plaisir est une composante essentielle.»

La santé mentale, une priorité pour tous

S’il y a une chose dont les femmes devraient prendre mieux soin tout au long de leur vie, c’est bien de leur santé mentale, selon Danielle Perrault, psychologue dans la région de Thetford Mines. Que l’on interroge des femmes de 20, 40 ou 70 ans, on constate à quel point la culpabilité, la pression de performance et la charge mentale constituent des traits communs à presque toutes.

«Les réseaux sociaux exacerbent le désir de perfection et la soif de comparaison. Je vois énormément de stress chez les jeunes de 20 ans, dit la psychologue. Cette pression est parfois très lourde à porter.»

Et ça continue dans la trentaine. Entre la famille (ou les tentatives d’en bâtir une) et la carrière, la vie peut être particulièrement stressante à cet âge. «Les femmes ont tendance à se mettre énormément de poids sur les épaules et elles ont souvent du mal à déléguer, notamment pour ce qui est des responsabilités familiales», commente Danielle Perrault, qui en voit un grand nombre se disant incapables de prendre du temps pour elles. «Certaines ne cesseront de courir que lorsqu’elles s’écrouleront, épuisées.»

Consulter son médecin ou un psychologue devient parfois une question de survie. Car si on ne tire pas de leçon de ce stress qui nous mine, la quête de la perfection poursuit ses ravages… On ne compte plus les femmes de 40 ou 50 ans, actives et ultra occupées, qui ne prennent pas suffisamment soin d’elles. «Et elles n’arrêtent pas de culpabiliser parce qu’elles ne sont pas parfaites en tout!» explique-t-elle.

Et quand ce n’est pas le travail qui induit la culpabilité, c’est l’entourage et la famille. «À 60 ans, on a davantage de temps pour soi, alors on veut s’occuper des autres, notamment de ses petits-enfants. Mais on n’a plus la même énergie qu’avant et on se sent mal de ne pas en faire assez! C’est pourtant normal de ralentir avec l’âge. Il faut apprendre à s’écouter», dit Danielle Perrault.

L’épidémie de stress qui atteint toutes les générations est sans précédent. «Les femmes sont autonomes, mais n’ont jamais été aussi exigeantes envers elles-mêmes. Elles recherchent la perfection partout: dans le sport, dans l’alimentation, dans leur rôle de mère ou de grand-mère… C’est une nouvelle réalité qui transforme complètement notre façon d’être», conclut la psychologue.