Ronde, et alors?

La course, c'est pour tout le monde (même les rondes)

Croyez-vous, comme le pensait notre chroniqueuse Joanie Pietracupa, que la course à pied est réservée aux gens minces? Non, c’est pour tout le monde, nous dit-elle.

C’est drôle, avant de commencer à jogger, il y a quelques années, je croyais que la course à pied était réservée aux gens minces, en pleine forme, et pétants de santé. Je pensais que pour courir, il fallait avoir un niveau d’énergie digne d’un superhéros, un indice de masse corporelle de 18 ou moins, et un tour de taille de 75 centimètres. Ah! J’allais oublier la diète exemplaire! Pas que j’avais des préjugés sur les joggeurs, non. Je ne les ai jamais jugés (sauf peut-être un peu ceux qui sentent le besoin d’informer tout leur réseau Facebook de l’itinéraire de chacune de leurs courses). J’avais avant tout des idées préconçues sur ce que ça prenait pour avoir la force, l’endurance et le courage de courir.

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Puis, je me suis mise à jogger. Très, très, très, très lentement. Même que, pour être parfaitement honnête, je devrais plutôt dire que je me suis mise à marcher. Toujours un peu plus loin et un peu plus vite. Parce que je partais de… rien, voilà la vérité. Aucune expérience en course à pied, ni même en marche rapide. Et, croyez-moi, ce n’est pas parce que vous vous défoncez sur l’elliptique au gym quatre fois par semaine pendant une heure et demie que vous êtes capables de marcher en plein air. Oh que non! Loin de là! L’air frais, la pluie, la neige, les trottoirs, le gazon, les sentiers de terre battue, les dénivellations, les côtes, les nids de poule… tout ça était nouveau pour moi. D’ailleurs, faut que je vous avoue que je me suis tordu la cheville trois fois durant le premier mois. Ben quoi? Difficile de regarder où on met les pieds en plus d’essayer de gérer sa respiration pour ne pas souffler comme un bœuf?

Au fil du temps, je me suis un peu améliorée. «Un peu» étant les mots-clés, ici. J’ai vu quelques nouveaux muscles se dessiner sur mes mollets et mes cuisses. J’ai entendu mon souffle se calmer puis se stabiliser. J’ai découvert des endroits ingénieux pour cacher mes clés de maison et mon iPhone (oui, c’est un point d’une importance capitale). J’ai enfin appris à m’habiller correctement selon la température (juste ça, ça relève de l’exploit!) et j’ai développé de vraies compétences en création de «playlists sport» du tonnerre. Ah! Et j’ai surtout pris goût à l’entraînement en plein air. Pour vrai de vrai. Puis, j’ai commencé à regretter les activités sociales, le travail et les voyages qui me faisaient manquer ma marche quotidienne sur le mont Royal. Dans ces moments, je m’ennuie du sourire des coureurs qui croisent mon chemin et du vent qui fouette mes jambes et mes joues.

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Malgré mes progrès, je n’arrivais toujours pas à courir plus de quelques minutes consécutives. Quand j’ai dit ça, toute penaude, à une amie entraîneuse personnelle, elle s’est mise à rire. «Beaucoup de gens font comme toi, tu sais! Ils ne courent que pendant quelques instants puis continuent à marcher, m’a-t-elle confié. Ils alternent entre la course à pied et la marche rapide. C’est dur sur le corps, le jogging! Surtout quand on a un surplus de poids comme toi! De plus, les risques de blessure s’intensifient. Tu devrais être fière de toi. Tu en fais déjà plus que la majorité des gens. Et l’important, c’est de bouger. Pas la façon dont on bouge. Si j’étais toi, je me vanterais d’être une joggeuse sans aucune honte.» C’est ce que j’ai fait. J’ai commencé à répondre que oui, je courais à l’occasion, quand on me posait la question. Pas vite ni longtemps, mais je courais. À mon rythme, certes, mais je courais.

Aujourd’hui, je cours encore à la vitesse petit V. Et vous savez quoi? C’est parfait comme ça. C’est sûr que je rêve de courir un demi-marathon. Comme la mannequin taille plus Candice Huffine, qui a prouvé au monde entier le week-end dernier qu’il était possible pour une fille qui fait de l’embonpoint de courir 21,1 kilomètres dans les rues de New York. Pour le fun, même pas pour maigrir. C’est pas magique, ça? C’est sûr que je fantasme aussi à l’idée d’avoir l’air aussi calme et sereine que la blogueuse Nadia Aboulhosn en page couverture du numéro d’avril du magazine Women’s Running, en joggant. Et pas d’un Basset Hound qui cherche son souffle et dont les replis de peau et les oreilles virevoltent dans tous les sens.Très chic, hein? N’empêche, je suis fière de moi. Mon amie avait raison: il n’y a pas qu’une seule façon de courir. Il en existe autant qu’il y a de joggeurs sur la planète. Et c’est ça qui est beau avec la course à pied: c’est pour tout le monde, même les rondes.

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Joanie Pietracupa et son blogue Ronde, et alors? sont nominés au prix IMAGE/in. Elle a besoin de vos votes: http://www.votepourleprix.ca

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