Nutrition: sommes-nous trop obsédés par les nutriments?

Source de fibres, sans gras saturés, contient des oméga-3… Les étiquettes nous vendent des nutriments, mais les aliments sont bien plus que la somme des vitamines et minéraux qu’ils contiennent.

 
Photo: iStock.com/Aja Koska

Y a-t-il assez de fibres dans notre lunch, ce midi? Pas trop de sodium? Et le calcium, le compte quotidien y est? Les nutriments, on en fait presque une obsession. Et ce n’est pas d’hier. En commercialisant ses céréales Product 19, en 1967, Kellogg’s lançait une tendance: le marketing alimentaire centré sur les nutriments. Ciblant les adultes soucieux de leur santé, Kellogg’s promettait aux consommateurs qu’avec un seul bol de Product 19, ils obtenaient 100 % des vitamines et des minéraux essentiels chaque jour.

Les conséquences de cette stratégie commerciale se font encore sentir 50 ans plus tard. On choisit souvent les aliments en fonction des nutriments qu’ils fournissent. On ne mange plus un simple yogourt, mais un yogourt faible en gras, moins sucré et avec au moins 15 g de protéines par portion. Un aliment est dorénavant considéré comme meilleur lorsqu’il est sans sucre, sans gras saturés et sans sodium, et qu’il contient beaucoup de fibres, du calcium, du fer et des oméga-3. La saine alimentation passe aujourd’hui par des substances invisibles, dont la présence ou l’absence sont vues comme un gage de santé.

Des chercheurs dénoncent cette façon de voir l’alimentation sous la loupe des nutriments. Longtemps, les recherches en nutrition ont été centrées sur ces derniers pour mieux évaluer leurs effets sur la santé humaine. Après tout, il faut bien faire avancer les connaissances scientifiques. Les oméga-3 sont bénéfiques pour le cerveau? Les fibres facilitent le transit intestinal? Et les vitamines contribuent à prévenir les maladies? Juste. Mais le tout (l’aliment) est plus que la somme de ses parties (les nutriments).

Aujourd’hui, nutritionnistes, professionnels de la santé et instances gouvernementales nous invitent à changer notre vision, en rappelant qu’on ne consomme pas des nutriments, mais des aliments – dont chacun est fait d’un ensemble complexe d’éléments qui interagissent les uns avec les autres. Bien se nourrir, c’est complexe, mais pas compliqué! Il nous suffit en fait de suivre quelques grands principes simples. D’abord, on pense variété et on privilégie les aliments non transformés. On fait aussi une large place aux aliments d’origine végétale. Et surtout, on n’oublie pas le plaisir et on reste à l’écoute de ses signaux de faim et de satiété.

Annie Ferland est nutritionniste et docteure en pharmacie, et elle a créé sciencefourchette.com.

 

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