Pourquoi il faut repenser Internet – entre autres pour notre santé mentale

Les effets néfastes des médias sociaux et de la technologie sont de plus en plus difficiles à ignorer: capacité d’attention réduite, anxiété chronique, débordements de rage… La Silicon Valley essaie aujourd’hui de réparer les dommages qu’elle a causés.

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Illustration: Melanie Lambrick

Ça semblait une bonne idée à l’époque. Quand l’ingénieur informatique Justin Rosenstein a participé à la création du bouton «J’aime» pour Facebook, il y a 10 ans, il espérait ajouter une touche de joie et de fantaisie à la plateforme de médias sociaux la plus populaire au monde. Facebook déployait la nouveauté en 2009 en annonçant: «Nous venons de créer un moyen facile de signifier à vos amis, en un clic, que vous aimez le contenu qu’ils partagent sur Facebook.»

Quel problème pouvait-il y avoir? Plus que ce que Justin Rosenstein aurait pu imaginer… Il souhaitait que les «J’aime» soient une note positive dans le quotidien des utilisateurs. Ces «petits frissons de pseudo-plaisir» – sa façon de décrire le sentiment réconfortant que procure chaque «J’aime» – ont plutôt fait naître un appétit insatiable pour les accumuler, ce qui ne fait qu’encourager les annonceurs et les médias à créer des pièges à clic et du contenu vide qu’on peut «aimer». Le joyeux pouce en l’air, juge-t-il aujourd’hui, incarne ce qu’il y a de plus dénaturé et dysfonctionnel dans notre existence numérique.

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Justin Rosenstein n’est pas le seul à s’indigner. Il fait partie du nombre grandissant des initiés de l’industrie des technologies qui renient leurs propres inventions et dénoncent ce qu’ils considèrent comme les effets pernicieux et destructeurs des plateformes technologiques qu’ils ont construites. Ils critiquent la façon dont les médias sociaux et les entreprises technologiques monopolisent notre attention, minent la parole citoyenne et font fi des conséquences de leurs produits sur la santé mentale de la population – du syndrome FOMO [acronyme de Fear of Missing Out, soit la peur constante de rater quelque chose] à l’anxiété chronique, en passant par la véritable dépendance. Et ils ne mâchent pas leurs mots. Chamath Palihapitiya, ex-employé de Facebook où il était responsable de la stratégie d’augmentation du nombre d’utilisateurs de l’entreprise, a déclaré, lors d’une conférence à la Stanford School of Business, en 2017: «Nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social et sapent les bases de la société.»

Ce concert de plaintes des pourfendeurs du monde numérique n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis plusieurs années, alors que les rangs des exilés désillusionnés de la Silicon Valley ne cessaient de grossir. Ils veulent démolir les éléments des technologies de l’information et des médias sociaux qui entraînent selon eux de la dévastation, de la dépendance et un détournement généralisé des cerveaux, pour les reconstruire selon des principes éthiques. Bref, ils veulent s’assurer que la technologie et les entreprises technologiques sont au service des utilisateurs, et non l’inverse.

Un modèle d’affaires à questionner

Pour une industrie qui a longtemps eu pour devise Move fast and break things [Aller vite et casser des choses], mantra officiel de Facebook jusqu’en 2014, ce mea culpa constitue un changement radical. Il y a quelques années à peine, les médias sociaux étaient vus comme un moyen révolutionnaire de rapprocher les gens de toutes les origines. On a même dit qu’ils avaient donné l’élan aux soulèvements du Printemps arabe. Le pire qu’on pouvait leur reprocher était leur côté frivole, par exemple d’être une plateforme où l’on pouvait partager son lunch avec la planète entière. Les critiques concernant les effets plus sombres de la technologie avaient tendance à être occultées par l’effervescence, la foule de nouvelles introductions en Bourse et la hausse ahurissante du cours des actions.

Mais le village global idyllique qu’on avait imaginé, où les nouvelles instantanées et le rapprochement social devaient aplanir les frontières et les injustices, prend plutôt des allures de cauchemar. Twitter est un lieu d’échanges qui alimentent la rage, Facebook regorge de querelles, Instagram ne sert qu’à attiser l’envie… Avec les fausses nouvelles, les atteintes à la vie privée, les trolls et les intimidateurs, Internet est souvent un environnement fort désagréable.

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N’empêche que les éthiciens du web ne sont pas prêts à jeter le bébé avec l’eau du bain. Les possibilités qu’offrait Internet à ses débuts, croient-ils pour la plupart, sont toujours là, attendant d’être exploitées. «C’est trop facile de dire que les médias sociaux nous empoisonnent la vie et que nous devrions les déserter en masse», dit David Ryan Polgar, sommité en matière d’éthique du web. Avocat et éthicien des technologies, il a fondé le forum de discussion sur l’éthique All Tech is Human, qui a organisé son premier événement en mars 2018 au Grand Central Tech, à New York. «À l’origine, Internet a été conçu sur la base d’idéaux utopiques, dit-il. Mais nous nous sommes égarés.»
La psychothérapeute Nicolle Zapien, de San Francisco, travaille au cœur de la Silicon Valley depuis plus de 10 ans. Elle a pu constater les effets de cette dystopie chez un nombre sans cesse croissant de clients qui sont plus isolés, plus déprimés et plus angoissés que jamais. «Un client me raconte qu’il a un million d’amis Facebook, mais qu’il ne voit jamais personne. Un autre passe la journée à se masturber en visionnant de la porno, incapable d’éteindre son ordi. Un troisième s’enrage du comportement de quelqu’un sur les médias sociaux et en fait une obsession», énumère-t-elle, ajoutant qu’il n’existe aucune véritable formation basée sur la recherche ni aucun précédent pour indiquer aux professionnels comment traiter avec cette explosion de mal-être associé aux technologies.

À la source de ces maux, il y a deux problèmes majeurs qu’on attribue aux médias sociaux. Le premier concerne le modèle d’affaires même du web: parce que les plateformes de médias sociaux tirent presque tous leurs revenus de la publicité, elles sont conçues pour nous tenir rivés à nos écrans le plus longtemps possible afin de nous exposer à un maximum de publicités.

Tristan Harris est l’un des éthiciens du web les plus réputés. Ex-employé de Google, il a cofondé cette année le Center for Humane Technology. Il compare les téléphones intelligents à de minuscules machines à sous qu’on a toujours sur soi et qu’on passe son temps à regarder. «Tout ce que les concepteurs de technologie ont à faire, c’est d’associer un geste de l’utilisateur (tel celui de tirer un levier) à une récompense aléatoire, écrivait Tristan Harris dans un blogue en 2016. On actionne le levier et on reçoit immédiatement soit un prix gratifiant (une combinaison de figures, un gain!), soit rien. Le niveau de dépendance est maximal quand la fréquence des gains est la plus aléatoire.»

C’est ce qui explique que beaucoup d’entre nous, dès que nous disposons de quelques secondes, avons le réflexe de regarder notre boîte de messagerie ou d’aller sur Facebook pour voir si quelqu’un a aimé notre dernière publication – toujours ce petit frisson de pseudo-plaisir, l’afflux de dopamine du joueur compulsif qui touche le jackpot. Et une fois qu’on est sur une plateforme, elle nous retient: YouTube lance une nouvelle vidéo dès que la précédente se termine, nous encourageant à regarder sans fin. Snapchat a créé le «mode Snapstreaks» pour inciter les utilisateurs à revenir sur la plateforme tous les jours. Et presque toutes les plateformes affichent une fenêtre qui défile en continu et qui contient des publicités ainsi que des liens promotionnels sélectionnés par les algorithmes pour correspondre aux intérêts de l’utilisateur.

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Des comportements discutables en ligne

L’autre problème? C’est la corruption de la politique et du discours social que permettent les médias sociaux. En gros, ils favorisent les comportements odieux en donnant accès à un forum où se répandent comme une traînée de poudre la désinformation et les rumeurs, tout comme l’intimidation, l’humiliation publique et le dénigrement politique ultra-polarisé. «Les médias sociaux ne laissent pas le temps à l’empathie ou à une rétroaction sociale normale d’émerger, explique Nicolle Zapien. Si je prends la parole devant des gens, je peux voir tout de suite comment ils réagissent. Mais en ligne, il se crée une escalade de réactions négatives et positives jusqu’à l’extrême.»

On tente d’analyser ces effets, mais c’est un travail complexe, notamment parce qu’il est difficile de distinguer la cause des effets: la présence continue en ligne crée-t-elle de l’angoisse et de la dépendance? Ou bien devient-on accro aux médias sociaux parce qu’on est angoissé ou blasé au départ? La plupart des recherches qui examinent le lien entre les technologies et la santé mentale ne donnent pas (encore) de résultats précis, mais on commence à accumuler une quantité importante de données significatives.

Une étude publiée en 2017 dans l’American Journal of Preventive Medicine et effectuée auprès de 1 787 Américains âgés de 19 à 32 ans a révélé que ceux qui passaient le plus de temps sur les médias sociaux rapportaient un plus grand sentiment d’isolement. Une étude de 2014 publiée dans le Journal of Social and Clinical Psychology a pour sa part établi un lien entre l’utilisation de Facebook et des symptômes de dépression.

En 2016, Michael Van Ameringen, professeur au Département de psychiatrie et de neurosciences comportementales à l’Université McMaster, à Hamilton, en Ontario, a mené une enquête auprès de 254 étudiants universitaires de premier cycle sur leur usage d’Internet. Il a établi que 40% d’entre eux répondaient aux critères d’une utilisation problématique. Certains passaient plus de six heures par jour de temps non essentiel en ligne et présentaient «des taux plus élevés de symptômes du TDAH; ils rapportaient également vivre des difficultés relationnelles au travail, à l’école ou dans leur vie sociale».

Michael Van Ameringen croit que si l’industrie des technologies veut réellement s’attaquer aux problèmes de santé mentale, elle doit travailler en étroite collaboration avec les médecins et les professionnels de la santé mentale afin d’établir des paramètres pour le web, repenser les produits et effectuer une surveillance des comportements des utilisateurs afin de repérer ceux qui montreraient des signes de dépendance ou d’autres problèmes. «Nous devons regarder les habitudes de navigation, nous avons besoin d’un apport de données, plaide-t-il. Croyons-nous vraiment que les entreprises technologiques seront suffisamment altruistes pour prendre une telle initiative?»

La technologie peut-elle régler nos problèmes technologiques?

Il y a 15 ans, Internet était à l’image des rêves échevelés des techno-utopistes. Toutes sortes de sites web surgissaient à droite et à gauche, et les grandes entreprises osaient très peu s’aventurer sur la Toile. Aujourd’hui, les plateformes les plus populaires – Google, Facebook, YouTube, Netflix, Twitter – comptent elles-mêmes parmi les entreprises les plus puissantes au monde. Google et Facebook, avec leurs filiales, accaparent la proportion colossale de 80% des dépenses publicitaires engagées sur l’ensemble du web.

Comme Internet est monopolisé par un petit nombre d’entreprises, la structure de leurs produits, y compris leurs défauts, définit la façon dont des milliards d’humains entrent en relation chaque jour. Et comme ces entreprises occupent tout l’espace, on n’a pas vraiment de choix. Vraisemblablement, notre historique complet sur les médias sociaux, l’historique de nos courriels, nos échanges de correspondance au travail, nos contacts, nos photos et nos souvenirs se promènent dans un nuage contrôlé par une poignée d’entreprises qui figurent parmi les plus puissantes ayant jamais existé.

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Certains éthiciens du web sont toutefois d’avis que, s’il y avait une demande assez forte de la part des consommateurs pour un Internet plus sain, les choses pourraient changer, car ces monopoles ne sont pas invincibles.

«Il existe déjà un marché pour un Internet plus sain, et on commence tout juste à le reconnaître, soutient Nicolle Zapien,. Est-ce Facebook ou Twitter qui en sera l’instigateur, ou un tout nouveau joueur qui n’existe peut-être pas encore?» Un Internet plus sain reposera sur un modèle financier qui ne sera pas aussi largement tributaire des revenus de publicité et de l’attention des internautes. Il sera plus prompt à sévir contre les discours haineux et les menaces. Il favorisera les échanges plus nuancés au détriment des engueulades virtuelles.

C’est avec cet objectif en tête que Nicolle Zapien et le California Institute of Integral Studies ont collaboré l’an dernier avec Stephen Cognetta, ex-chef de produit de Google, lors de deux marathons de programmation. L’un visait la création de nouvelles applications liées à la santé mentale, et l’autre avait pour but l’élimination des effets négatifs des plateformes existantes. Le projet gagnant dans la première catégorie fut «Emotion-Ally», un module d’extension [plug-in] associé au navigateur web qui interprète le ton et l’émotion du contenu écrit – dans les courriels, sur les médias sociaux, etc. – et qui propose des suggestions à l’utilisateur avant que celui-ci ne publie un gazouillis hargneux ou n’envoie un courriel intempestif.

Nicolle Zapien et Stephen Cognetta ne s’imaginent pas que leur module d’extension va changer le monde. «Mais ce genre de projet est un premier pas susceptible de mener à la création d’entreprises et de plateformes entièrement nouvelles qui remettront en question les entreprises établies, fait valoir Nicolle Zapien. Cela permettra aussi de promouvoir une éthique du web pour créer une demande suffisamment forte de la part des utilisateurs et obliger les plus grandes entreprises à faire davantage que de simples opérations de relations publiques.»

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Mais jusqu’à maintenant, malgré le mécontentement des utilisateurs, les géants technologiques s’en tirent sans trop de mal. Au cours des deux dernières années, Facebook a été la plateforme privilégiée des propagandistes qui ont manipulé l’électorat en faveur de Donald Trump en publiant de fausses informations. Le réseau social a également été impliqué dans le scandale de Cambridge Analytica, firme britannique de conseil politique qui a accédé aux données personnelles de 87 millions d’utilisateurs. Enfin, à la suite de ce scandale, Facebook a été l’objet des représailles du mouvement #DeleteFacebook, lancé par des utilisateurs furieux que leurs données n’aient pas été aussi bien protégées qu’ils le croyaient.

Toujours des profits

Rien de tout cela n’a empêché le nombre d’utilisateurs d’atteindre un sommet sans précédent en juin 2018, soit 1,47 milliard d’«utilisateurs actifs quotidiens» dans le monde. Autrement dit, un cinquième des habitants de la planète utilisent Facebook au moins une fois par jour. Les divers scandales ont tout de même légèrement affecté la santé financière de la société. En juillet, le cours des actions de Facebook a chuté quand les résultats de son deuxième trimestre ont dévoilé un écart par rapport aux prévisions, avec des revenus ne s’élevant qu’à 13,23 milliards de dollars, au lieu des 13,36 milliards attendus. Ç’a été, malgré tout, le trimestre où la société a affiché les plus hauts revenus de son histoire.

Ainsi Mark Zuckerberg n’a probablement pas cillé, en juillet 2018, quand le Information Commissioner’s Office du Royaume-Uni, bureau de régulation chargé de la protection des renseignements personnels, a condamné Facebook à une amende de 500 000 £ (871 000 $) pour sa responsabilité dans le scandale de Cambridge Analytica, jugeant qu’il avait omis de traiter comme il se devait les données personnelles de ses utilisateurs. L’amende correspondait à environ 10 minutes de revenus, c’est-à-dire à peu près le temps nécessaire pour terminer la lecture de cet article.
Mais, comme le dit la Bible, l’orgueil précède la chute. Et face à la série de scandales de 2017, c’est avec une attitude contrite que Mark Zuckerberg déclarait début 2018: «L’une de nos grandes priorités pour 2018 est de nous assurer que le temps passé sur Facebook est du temps bien investi… Les études démontrent que lorsque nous utilisons les médias sociaux pour nous rapprocher des gens que nous aimons, cela favorise notre bien-être.» Son message accompagnait des changements à l’algorithme de Facebook visant à donner la priorité aux contenus partagés par des personnes (famille, amis…), au détriment des publications des marques et des médias.

Mark Zuckerberg reprenait l’expression «time well spent» formulée originalement par Tristan Harris, du Center for Humane Technology. Il l’avait même déjà utilisée quelques mois plus tôt, et Tristan Harris l’avait alors accusé de récupérer l’expression, qualifiant ce geste de malhonnête, à moins que Facebook n’envisage d’abandonner la publicité comme principale source de revenus. (Les modifications à l’algorithme impliquaient aussi que les marques et les médias devraient sans doute débourser davantage pour du contenu promotionnel et de la publicité afin de rejoindre autant d’utilisateurs qu’auparavant, ce qui donnait un double sens à l’expression.)

D’autres, comme David Ryan Polgar, ont été modérément encouragés. «Au moins, le débat fait son chemin», observe-t-il.

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Jusqu’ici, les mesures modestes prises par la Silicon Valley reflètent une approche qui ressemble à celle-ci: optimiser la technologie pour résoudre les problèmes que la technologie a créés. Le prochain système d’exploitation d’Apple, par exemple, inclura la fonctionnalité «Screen Time», qui enregistrera le temps passé sur l’appareil et sur chaque application, et permettra de fixer des limites – on pourra éteindre les médias sociaux juste avant l’heure d’aller au lit, par exemple. Instagram planche sur une fonctionnalité appelée «You’re all caught up» [vous êtes à jour], qui interviendra pour signaler à l’utilisateur qu’il a fait le tour de tous les contenus partagés depuis 48 heures par les utilisateurs qu’il suit.

Stephen Cognetta, malgré sa circonspection, demeure fondamentalement techno-optimiste. Avant de quitter Google pour se consacrer aux questions de santé mentale, il travaillait aux Google Doodles, les illustrations qui remplacent certains jours le logo de Google sur la page d’accueil de son moteur de recherche pour souligner une fête, un anniversaire ou commémorer un événement. Il croit que les germes du changement sont déjà présents dans l’industrie, et cite en exemple l’emploi qu’il occupait.

«Les Google Doodles n’ont pas besoin d’exister, dit-il, mais Google tient à ce que l’utilisateur ait du plaisir et se sente bien accueilli.» Il reconnaît que c’est également un exercice de relations publiques qui vise à mettre les internautes plus à l’aise face à l’entreprise titanesque de 132 milliards de dollars. Mais si Google est disposé à utiliser ses ressources pour un gadget qui n’a aucune utilité autre que celle de faire sourire les gens, ce n’est pas rien, fait-il remarquer.

Si on lui demande de quelle façon la technologie peut être utilisée pour favoriser la santé mentale, il nous parlera peut-être du bon vieux téléphone.

Quelque temps après être arrivé chez Google, il a voulu faire quelque chose pour se sortir un peu de la bulle technologique de San Francisco, où il se sentait comme claustrophobe. Il est alors devenu bénévole pour un service téléphonique de prévention du suicide. «Ç’a été formateur. J’y ai vu une partie du monde qui restait invisible pour moi dans mon travail au sein d’une grande société technologique, dit-il. Tout ce qu’on connaît, là-bas, c’est le nombre d’utilisateurs, mais on ne sait rien des utilisateurs eux-mêmes.»

En œuvrant au service d’aide, raconte-t-il, il a pris conscience du potentiel qu’une simple technologie pouvait avoir pour sauver des vies. «Je ne crois pas que la technologie soit mauvaise, dit-il. Et j’espère vraiment que nous sommes aujourd’hui à un tournant, où nous allons comprendre comment construire le web selon des valeurs plus humanistes, et pas seulement pour le profit.»

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