Dans la cuisine de Catherine St-Laurent

Photo: Lawrence Fafard
Tout a commencé avec un message sur les réseaux sociaux. Anne-Julie Tessier faisait des études postdoctorales à la prestigieuse université Harvard quand elle s’est demandé comment faire passer ses recherches de la théorie à l’assiette afin de rejoindre le grand public, rarement friand de publications scientifiques au langage hermétique. Elle a alors approché Catherine St-Laurent, lançant les deux femmes dans ce projet alliant santé et art de la table.
D’où vient ton amour pour la cuisine?
Pendant la pandémie, bien des gens se sont mis à faire du pain; moi, je me suis mise à être vraiment fascinée par la cuisine et à voir la mienne comme un laboratoire. J’ai commencé à essayer plein de choses, à découvrir des auteurs de livres de recettes et à explorer différents types de cuisine. C’est là que ma passion s’est vraiment affirmée, même si j’aimais déjà cuisiner. C’est aussi à ce moment-là que j’ai commencé à publier du contenu culinaire sur les réseaux sociaux, donc un intérêt en a nourri un autre… sans vouloir faire de jeu de mots!
Tu collectionnes les livres de recettes. Qu’aimes-tu de ces objets?
C’est important pour moi que ce soit un objet physique, parce que ça fait partie du décor de ma maison. On vit beaucoup de choses en ligne, et c’est super, mais à mes yeux, les livres sont irremplaçables. C’est un objet qui doit rester tangible, parce que c’est tellement agréable à consulter. Personnellement, je fais très rarement des recettes trouvées sur internet. J’en sauvegarde plein chaque jour, mais je ne vais jamais les reconsulter. Les avoir dans un livre me donne l’impression d’en posséder une plus grande collection. Et les auteurs ont des personnalités, ils ont des styles de cuisine, des choses à dire. Je me couche le soir en feuilletant mes livres de recettes. Je les lis vraiment comme on lirait un roman.
Comment es-tu venue à collaborer avec la chercheuse en nutrition Anne-Julie Tessier et à axer ton livre autour de la santé?
Elle a répondu à l’une de mes stories Instagram en me proposant l’idée d’un livre. J’ai tellement aimé ça, je lui ai répondu dans la minute, même si on ne se connaissait pas! La nutrition m’intéressait déjà : j’écoutais beaucoup de balados et je lisais des livres sur le sujet. Ça m’a permis de comprendre que j’avais un certain pouvoir d’agir sur ma santé. Comme actrice, mon corps est mon principal outil de travail, donc je suis entrée dans une démarche pour comprendre comment l’alimentation pouvait avoir un effet positif sur moi. Quand on voit les effets que ça a sur notre corps, on comprend pourquoi cuisiner à la maison est important pour avoir une alimentation saine et variée. Donc quand Anne-Julie m’a écrit, sa vision était parfaitement alignée avec mes intérêts.

Avais-tu déjà envisagé l’idée de faire un livre de recettes?
Avant le message d’Anne-Julie, l’idée m’avait traversé l’esprit, mais c’était un rêve non assumé. Sans elle, c’est sûr que je n’aurais pas passé les deux dernières années à faire ce livre. Je ne me serais pas donné cette permission-là; j’aurais eu le syndrome de l’imposteur. En construisant le projet ensemble, c’était tellement rassurant, parce que le cadre était précis : on savait où on voulait aller. Ça m’a donné la confiance nécessaire. Ça serait peut-être arrivé un jour, mais jamais aussi rapidement.
Quel genre de recettes voulais-tu proposer?
J’avais envie de faire un party de légumes! J’ai été très influencée ces dernières années par les marchés. Découvrir des maraîchers, arriver sans liste d’épicerie et simplement prendre ce que la terre a à offrir… j’y vois une grande poésie. Ça m’inspire beaucoup. J’avais donc envie que le livre reflète la saisonnalité du Québec. Quand on est habitué à un seul climat, on a tendance à toujours manger la même chose. Ici, l’été, on se tourne vers des salades; l’hiver, on a envie de bouillons et de plats réconfortants. J’ai récolté des idées partout : au restaurant, dans les livres, en marchant, ou dans mes échanges avec Anne-Julie.
Santé et alimentation riment souvent avec restrictions, moins de gras, de sucre, de sel… Votre approche mise plutôt sur le plaisir. Pourquoi?
Parce que c’est l’fun manger! On fait trop souvent un lien entre nutrition et régime —et c’est à déconstruire. Il y a beaucoup d’informations contradictoires sur internet. Dans le livre, on voulait communiquer de l’information scientifique, tout en proposant un outil pratique et un bel objet, agréable à consulter. Quand on pense à un livre sur la nutrition, on peut avoir l’impression que c’est un peu drabe. Nous, on voulait que ça soit aussi plaisant visuellement que gustativement.

Tu te consacres beaucoup à la cuisine ces derniers temps. Est-ce que tu donnes un nouvel angle à ta carrière?
Je pense que la cuisine, c’est une passion fulgurante pour moi. Ça a été un coup de foudre! J’ai eu envie de développer des projets autour de ça. Je suis super choyée d’avoir été entourée de gens qui ont eu envie de m’aider là-dedans. J’ai assumé cette nouvelle passion, je m’y suis lancée à fond, et c’est bien parce que les projets en télé ou en cinéma peuvent prendre 10 ou 12 ans à se concrétiser. La cuisine m’a permis d’être à la barre de projets plus rapides, tout en restant dans la création au quotidien. Les capsules À la carte, par exemple, c’est une idée que j'ai lancée à l’équipe d’Urbania, qui a embarqué, et quelques mois plus tard on était déjà en production. Ça change du rythme légèrement dinosaure du financement public!
Si tu devais choisir une seule passion entre le jeu, la bouffe et la mode, ça serait laquelle?
Ce n’est pas possible! Mais mon prochain objectif, c’est de rallier tout ça. J’aimerais que toutes mes passions cohabitent dans un même projet. Je travaille sur quelque chose, mais je ne peux pas encore en dire plus!
Recette exclusive : Tarte aux petits pois de Catherine St-Laurent
Mange ta vie se décline en quatre chapitres : la santé musculaire, la santé cognitive, la santé mentale et la santé à long terme. Une alimentation variée permet d’apporter les nutriments nécessaires à ces différentes fonctions du corps. Voici quelques notions clés tirées du livre.
Santé musculaire : « Autour de 30 ans, on atteint notre pic de masse et de force musculaire, explique Anne-Julie Tessier. Ensuite, on observe un léger déclin, qui s'accélère à partir de 50 ans. Côté alimentation, les protéines sont essentielles, mais il faut aussi des glucides pour fournir de l’énergie aux muscles, ainsi que des omégas-3 pour en soutenir la qualité. »
Santé cognitive: « Il faut miser sur une grande variété de fruits et légumes. Chaque couleur qu’on retrouve dans notre assiette correspond à une famille de polyphénols [des composés bioactifs] riches en antioxydants qui peuvent aider à réduire l’inflammation. »
Santé mentale : « Cela touche aussi à la santé intestinale. Par exemple, les fibres nourrissent les bonnes bactéries du microbiote, ce qui envoie des signaux positifs au cerveau. De plus en plus de recherches montrent qu’une alimentation saine est associée à une bonne santé mentale, avec moins de stress et d’anxiété. »
Santé à long terme : « Essentiellement, il s’agit de penser à ce que l’on mange aujourd’hui pour prévenir des maladies à long terme. On cherche à protéger le coeur et le métabolisme, en intégrant des légumes, des fruits, mais aussi des noix et des grains entiers. C’est ainsi qu’on obtient fibres, vitamines,minéraux et polyphénols… »
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Constance Cazzaniga collabore au magazine Châtelaine depuis l'été 2024. Vous avez pu lire cette ancienne journaliste pigiste dans différents magazines québécois et dans les cahiers spéciaux du Devoir, notamment. Anciennement cheffe de la section culturelle au journal Métro, elle se spécialise en culture, société et art de vivre, avec un intérêt marqué pour la mode, la beauté et la gastronomie. Vous la croiserez peut-être dans une salle de spectacle, en train de lire un essai féministe avant la levée du rideau.

